La Défense et le gouvernement veulent une décision rapide pour le déploiement de F-16 au Levant

Un F-16 belge décolle depuis sa base en Jordanie (crédit-photo Christian Decloedt/BE Défense)

La Défense et le gouvernement veulent une décision rapide pour le déploiement de F-16 au Levant.

Ces quinze derniers jours, le dossier du déploiement des F-16 en Irak et en Syrie dans le cadre de l’opération Inherent Resolve s’est accéléré à la Chambre. Le gouvernement entend arriver à un accord politique le plus rapidement possible d’ici le mois de juillet vis-à-vis de de ses partenaires mais aussi pour des questions opérationnelles. La Défense souhaite aussi une réponse rapide. Avec un début de mission en octobre, le matériel doit être prêt sur place en septembre. Il voyagera par voie maritime début août. Si l’accord venait tardivement, il faudrait le faire transiter par voie aérienne ce qui coûterait alors plus cher. Les 4 F-16 belges auraient le soutien d’un détachement de 80 à 90 militaires. Il semble que les Pays-Bas n’apporteront pas leur contribution via un détachement de protection comme cela avait été le cas en 2015 et 2017. Le déploiement comptera aussi une équipe “Red Card Holder” de 4 personnes, chargée de contrôler les possibles frappes aériennes et de veiller au respect des règles d’engagement, qui opérera depuis le Qatar. La mission débuterait en octobre pour se terminer en septembre 2021. Le coût total est de 24 millions d’euros, dont un peu moins de 8 millions d’euros pour 2020.

Le dossier a été présenté à huis-clos une première fois en commission du suivi des missions à l’étranger la semaine dernière. Le débat a eu lieu de façon publique cette fois-ci ce mercredi avec les députés de la commission de la Défense et des Affaires Etrangères. Le lieutenant-aviateur Truman, responsable de ce dossier et ancien chef de détachement de F-16 en Jordanie, a détaillé cette mission devant les députés. La demande américaine spécifiait l’envoi d’avions de chasse. Plus petit pays contributeur du groupe central de la coalition internationale, la Belgique est sous pression si elle veut continuer à en faire partie. Les F-16 évolueront principalement au-dessus de l’Irak et pour une petite partie dans le nord-est de la Syrie. Leurs missions seront en majorité des missions de protection, à savoir des avions en stand-by en l’air pour venir en aide aux troupes terrestres de la coalition. Pour le reste, ce seront des missions de reconnaissance et des attaques ciblées. Pour la Défense, ce déploiement sera aussi une grande valeur ajouté pour les militaires, qui y participeront, avec l’acquisition de beaucoup de bagages opérationnelles.

Les débats ont d’abord tourné sur le dépôt de deux propositions de résolution, qui appuient la décision gouvernementale de déployer des F-16 en Irak et en Syrie. La première a été déposée par le président N-VA de la commission de la Défense Peter Buysrogge avec le soutien du MR et de l’Open Vld, la deuxième par la députée MR Kattrin Jadin avec le soutien du CD&V, du cdH et de l’Open Vld. Certains députés socialistes se sont étonnés du fait que la N-VA soit à la manœuvre alors que le parti a quitté la majorité gouvernementale en novembre 2018. Les deux textes pourraient se regrouper en un mais ils montrent déjà qu’un consensus parlementaire se dégage avec cinq partis favorables. Le Vlaams Belang n’est sur aucune des deux résolutions mais a annoncé qu’il donnerait son feu vert en commission. Le PVDA-PTB sera contre sans surprise.

Les F-16 belges effectueront principalement des missions de protection (crédit-photo Malek Azoug/BE Défense)

Le PS, le sp.a et Ecolo-Groen se montrent plus réservés sur cette demande par rapport à la situation sur place, les tensions entre USA et Iran, le cadre légal de cette opération notamment sur le volet syrien. En 2016, un papier de l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) pointait la faiblesse de la légitimation de l’opération. « Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie », expliquait le document. Le commandant Kristof Van Belleghem, directeur des opérations militaires du cabinet du ministre Philippe Goffin, a rappelé que la Belgique continuerait de s’appuyer sur l’article 51 de la charte des Nations-Unies en rapport à l’auto-défense, les F-16 n’étant pas appelés à intervenir dans des zones contrôlées par le gouvernement syrien. Le ministre s’est dit conscient qu’il ne serait pas possible d’avoir un accord sur la justification juridique. « Ce n’est pas rien de rester au cœur d’une opération et d’être associé avec d’autres pays. Si on veut avoir des renseignements, c’est le prix à payer », a-t-il argumenté. Le débat doit se poursuivre la semaine prochaine en commission de la Défense sur les deux propositions de résolution après que la Chambre ait approuvé leur caractère urgent en séance plénière ce jeudi 28 mai.

Même s’il n’est pas obligé, le gouvernement a tenu au débat parlementaire avec un feu vert de la Chambre pour cette opération. Certains députés voudraient que cela soit désormais systématique avant chaque engagement dans une opération de guerre. Le suivi régulier de cet engagement en commission à huis-clos est aussi une demande de la Chambre.

 

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