Pourquoi la gestion du patrimoine funéraire militaire est si compliquée

La tombe du général Piron avait été remise en l’état par deux vétérans (crédit-photo Pascal Matthieu)

La gestion du patrimoine funéraire militaire reste compliquée en Belgique. 

En fin d’année dernière, certaines photos montraient l’état d’abandon de la tombe du général Piron au cimetière de Molenbeek. Certains militaires et certaines associations s’étaient émus de cet état de fait. Deux vétérans l’avaient remise en l’état à leur frais. C’est désormais au tour du monument commémoratif d’Albert Ier à Marche-les-Dames d’être en piteux état et d’avoir été nettoyé par des réservistes et des bénévoles. Sur les réseaux sociaux, certains internautes demandent si c’est par manque de moyens à la Défense que certains lieux symboliques du patrimoine militaire ne sont pas entretenus.

Le cas de la tombe du général Piron à Molenbeek

Sur le cas des sépultures militaires et plus particulièrement de celle du général Piron, la ministre Ludivine Dedonder s’en était expliqué dans deux réponses écrites aux députés Jasper Pillen (Open Vld) et Christophe Bombled (MR). Il se trouve que le général Piron est enterré dans un cimetière communal et non militaire. « Sans remettre en question les brillants états de service du Lieutenant Général Piron, force est de reconnaître que, retraité en 1957 et décédé à Uccle en 1974, il n’est pas « tombé pour notre pays ». C’est la raison pour laquelle il n’a pas été inhumé dans un parterre commémoratif fédéral, mais bien dans une pelouse d’honneur communale, à savoir, celle de Molenbeek-Saint-Jean », expliquait la ministre. La Défense n’est pas compétente en la matière. Toutefois la ministre souligne que son prédécesseur avait envoyé une lettre au bourgmestre de la commune (ndlr: Catherine Moureaux, PS) pour faire part de sa préoccupation quant à l’état de la tombe.

La plupart des cimetières militaires sont gérés par les communes qui reçoivent de l’argent de la Défense à cet effet

Un millefeuille administratif pour la gestion et l’entretien des tombes militaires

Comme le détaillait la ministre, il y a en Belgique 21 cimetières militaires et 81 pelouses d’honneur militaires sur les cimetières communaux, dont les frais d’entretien sont supportés par le gouvernement fédéral. Les pelouses d’honneur communales sont sous la responsabilité exclusive des communes elles-mêmes. Le contrôle des cimetières militaires et des pelouses d’honneur militaires est exécuté par le Service des Sépultures de Guerre. Ce service, qui appartenait auparavant à l’Institut des Vétérans – Institut national des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre, fait partie depuis le 1er mai 2017 du War Heritage Institute. L’entretien des cimetières militaires et des pelouses d’honneur militaires est géré par la Défense. Pour les cimetières militaires et deux pelouses d’honneur militaires, cela s’effectue sur base de contrats pluriannuels. Pour les 79 pelouses d’honneur militaires restantes, l’entretien est réalisé par le biais d’une convention avec les communes concernées, ces dernières obtenant une rémunération annuelle à cet effet. Un millefeuille administratif qui n’aide donc pas. En 2020, la Défense a consacré environ 506.000 euros pour l’entretien des tombes de guerre militaire dont 87.622 euros ont été versés aux communes. Entre la Défense et le WHI, trois personnes sont impliqués dans le contrôle et la gestion du patrimoine funéraire militaire.

Le cas du monument commémoratif d’Albert Ier à Marche-les-Dames est un peu différent. Ce monument fait partie du patrimoine culturel de Wallonie. Il est classé depuis 1937. Il semblerait donc normal que la commune et la Région veillent à son entretien et s’occupent de sa préservation. Le monument pourrait également concerner la Famille Royale. La Défense est clairement moins responsable dans ce dossier. Cela pose surtout la question de la gestion du patrimoine dans son ensemble.

 

En 2017, la création du War Heritage Institute par le ministre Steven Vandeput devait rationaliser l’utilisation des différents organismes constitutifs du patrimoine militaire belge et le redynamiser par une meilleure mise en valeur. On est encore loin du compte. Dans sa réponse écrite, la ministre Ludivine Dedonder a  d’ailleurs fait part de sa volonté de centraliser le contrôle, la gestion et l’entretien des cimetières militaires et des pelouses d’honneur militaires au sein du WHI durant son mandat. Une centralisation qui serait bienvenue.

 

 

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