Unité « caméléon » de l’armée belge, l’Info Ops Group devient le Civil-Military Engagement Group

L’Info Ops Group est devenu le Civil-Military Engagement Group le 2 juin dernier (crédit-photo Ci-MEG)

Unité opérationnelle d’appui de la Défense, l’Info Ops Group a pour tâche principale de gagner les cœurs et les esprits des populations locales lors de missions à l’étranger de l’armée belge. Les origines de l’unité remontent à l’assassinat des dix para-commandos belges au Rwanda en 1994. A l’époque, des rumeurs avaient couru dans la population que des Belges avaient tiré sur l’avion présidentiel. Pour ne plus revivre un tel événement tragique, la Commission Rwanda a décidé que les déploiements militaires devrait désormais avoir un capacité « contre-propagande » d’où la création de cette unité spécifique. Le 2 juin dernier, l’Info Ops Group a connu une nouvelle évolution pour s’appeler désormais Civil-Military Engagement Group. Explications sur ce changement et présentation de l’unité avec le major Françoise Verbanck, commandant depuis avril 2018 du désormais Ci-MEG.

C’est l’unité elle-même qui a fait cette demande de changement de nom après une étude interne avec les officiers. « L’Info Ops Group n’était pas une capacité à proprement parlé et a plus une fonction d’état-major. Les militaires avaient dû mal à expliquer ce qu’était notre unité. Typiquement, on n’est pas une unité CIS (Systèmes de Communication et d’Information). Certains nous demandaient si on faisait de la collecte d’informations et confondait avec les fonctions du bataillon ISTAR », développe le major Françoise Verbanck qui a proposé ce nouveau nom et écrit tous les arguments. Le nouveau nom a d’abord été approuvé par le général-major Marc Thys, commandant de la Composante Terre puis par le général Marc Compernol, chef de la Défense. Avec ce changement, l’unité souhaite valoriser aussi sa cellule CIMIC (Civil Military Cooperation) qui est son cœur de métier. « Dans toutes nos missions, on a des contacts avec la population civile que ce soit les autorités locales ou bien les ONG », précise-t-elle. Les mots military et engagement rappellent qu’elle est une unité militaire avec une capacité « Opérations Psychologiques « (PSYOPS).

Le Ci-MEG est symbolisé par le caméléon, un animal qui a la capacité de s’adapter à toute environnement

Consécutif à ce changement de nom, le CI-MEG a désormais un nouveau patch qui représente un caméléon pour symboliser sa capacité à s’adapter à la culture locale pour ne faire plus qu’un avec le paysage. « Le caméléon a des yeux qui peuvent tourner de 360 degrés. Ça veut dire qu’on est vigilant, qu’on fait le scanning de tout l’environnement humain », explique le major Françoise Verbanck. L’unité a un rôle essentiel et indispensable surtout dans les opérations d’aujourd’hui qui ne peuvent plus se faire sans impliquer le monde civil. Il s’agit de faire le lien entre le monde civil et le monde militaire dont les codes ne sont pas toujours les mêmes afin de ne pas susciter l’incompréhension « Nos missions à nous sont toujours avec la population locale : informer sur les missions, les convaincre pour donner leurs armes ou pour obéir au check-point par exemple. On va chez les gens. On frappe à la porte et on demande si on peut avoir une conversation pour expliquer ce qu’on fait. On s’informe d’abord pour respecter la hiérarchie en place avant d’aller au contact de la population. L’unité veille à avoir une bonne entente avec la population pour créer un environnement permissif pour les militaires et leur permettre de bien pouvoir fonctionner », analyse-t-elle avant d’ajouter : « On est vigilant avec nos soldats. Ils doivent parler anglais, ils doivent être des diplomates, des psychologues, des anthropologues tout en restant des militaires pour surveiller leur propre sécurité. » En plus du terrain, le Ci-MEG n’oublie pas le domaine virtuel avec l’analyse des médias sociaux.

Le Ci-MEG s’entraîne avec ses partenaires européens (crédit-photo Ci-MEG)

Afin de s’entraîner, le Civil-Military Engagement Group organise ses propres exercices et participe à des exercices internationaux avec ses partenaires. C’était le cas dernièrement avec l’exercice Clever Cameleon qu’il organisait et qui rassemblait des militaires belges, danois, allemands et néerlandais. « Le fait qu’il y ait des étrangers, ça donnait une motivation en plus aux gens. Pour les étrangers, c’est bien. Ils doivent dialoguer avec des Belges, des bourgmestres. Pour certains pays, ce n’est pas évident de sortir de leurs casernes et de faire des exercices dans leur propre population », se félicite le major Françoise Verbanck. L’unité est toujours bien accueillie lors de ses exercices. « On était sur les marchés au Limbourg, qui est une région tranquille, lors de notre dernier exercice. Certains gens étaient un peu inquiets et se demandaient ce qui se passait s’il y avait un danger. L’opération OVG n’a lieu que dans les grandes villes donc certains n’ont pas l’habitude de voir des militaires. C’était exceptionnel pour eux », nous précise-t-elle. L’opération Vigilant Guardian a donné une nouvelle visibilité aux militaires.

En 2018, des artilleurs ont été transférés à l’Info Ops Group après la disparition de leur unité (crédit-photo Ritchie Sedeyn/Info Ops Group)

Le Ci-MEG est composé de différents métiers tous aussi spécialisés les uns que les autres : des analystes, des anthropologues, des psychologues ou bien des graphistes. Comme la Défense en général, l’unité a un énorme besoin de recrutement. « On a un désavantage car on ne peut pas recruter directement dans le civil. Maintenant, on peut un peu. On a droit à recruter cinq sur diplôme. On doit attendre que les unités lâchent leur personnel. Quand on est en pénurie de personnel, les gens ne veulent pas laisser partir leurs meilleurs éléments », explique le major Françoise Verbanck. On a plusieurs exemples qui montrent qu’il peut y avoir également un effet inverse avec Nico, qui avait intégré la Composante Air en 2001 avant de rejoindre l’Info Ops Group en 2006 pour devenir webdesigner en tant que passionné de graphisme. En mission au sein de l’EUTM Mali en 2017, il avait refondé le design du site de l’opération. Dernièrement suite à la disparition de l’artillerie anti-aérienne, 13 artilleurs ont été transférés à l’Info Ops Group en 2018 et ont trouvé une nouvelle fonction. Désormais, le Ci-MEG a deux antennes, une principale à Heverlee et une autre à Lombardsijde près d’Ostende.

L’Info Ops Group laisse place désormais au Civil-Military Engagement Group symbolisé par un caméléon. Ce changement de nom est surtout une volonté de mieux s’adapter aux réalités des missions de cette unité d’appui indispensable au sein de la Défense belge.

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