Tour d’horizon des principaux investissements de la Vision stratégique 2025

La nouvelle Vision stratégique a été approuvée juste avant la pause estivale (crédit-photo Lucia Gaggero/BE Défense)

Un tour d’horizon des principaux investissements de la Vision stratégique 2025.

La mise à jour du plan STAR a mis un peu de temps à être approuvée par le gouvernement. Elle l’aura été finalement juste avant la pause estivale par le Conseil des ministres du 18 juillet. Parallèlement la Défense a mis en ligne le nouveau document d’une centaine de pages appelé Vision stratégique 2025.

La Vision stratégique fait le constat clair d’une dégradation sécuritaire en Europe. La menace principale désignée est la Russie. Dans la liste, il vient ensuite la Chine puis l’Iran et enfin la Corée du Nord. Le terrorisme fait l’objet d’un autre paragraphe comme une menace restant majeure notamment sur le continent africain. Pour sa défense collective, la Belgique garde sa posture qu’elle dit équilibrée en parlant d’un pilier européen au sein de l’OTAN. Le document fait le constat qu’il n’y a pas de structure militaire équivalente dans l’UE. « L’OTAN, qui garantit notre sécurité depuis plus de 75 ans, reste la pierre angulaire de notre défense collective. L’ambition de la Belgique au travers de cette Vision stratégique est de redevenir un allié modèle afin de sauvegarder sa position internationale. Par extension, l’Union européenne doit contribuer à la sécurité collective, plus particulièrement via la Politique de sécurité et de défense commune. Cette Vision stratégique soutient également la volonté de renforcer la sécurité européenne grâce à une coopération renforcée en matière de défense au sein de l’Union européenne et en complément de l’OTAN. Dans le cadre d’une relation transatlantique réaffirmée, la Belgique contribuera avec ambition à la construction d’une autonomie stratégique de l’Union européenne », détaille ainsi le document. La Vision stratégique 2025 se fixe trois objectifs stratégiques principaux: se préparer à un conflit militaire de haute intensité dans un cadre de défense collective, protéger le territoire national et anticiper le combat du futur.

La remontée en puissance des effectifs va se poursuivre (crédit-photo Gert-Jan D‘Haene/BE Défense)

Augmentation des effectifs

Comme c’était déjà le cas lors de la précédente législature, la coalition Arizona veut poursuivre les efforts de recrutement et l’augmentation des effectifs. L’anomalie de la précédente Vision stratégique de 2016, qui prévoyait une baisse des effectifs de 30.000 à 25.000 hommes pour 2030, est plus que révolue. L’actuelle législature se donne pour objectif de recruter 14.800 militaires, 6.600 réservistes et 4.800 civils. Fin 2029, la Défense compterait alors 29.400 militaires, 6.900 réservistes et 5.200 civils et fin 2034 34.500 militaires, 12.800 réservistes et 8.500 civils. Pour atteindre cet objectif, « l’attractivité du métier de militaire sera maintenue notamment en termes de salaire, d’allocations et d’indemnités attachées à certaines situations, prestations et/ou qualifications. Les initiatives en matière de personnel seront développées et implémentées dans le cadre d’un dialogue constructif avec les organisations syndicales de la Défense », explique le document. Le dossier des pensions, qui mériterait un autre développement, reste sensible malgré l’annonce d’un accord et de nouvelles mesures visant à mieux reconnaître la spécificité du métier de militaire.

La Vision stratégique 2025 annonce atteindre les 2% du PIB dès cette année comme le prévoit l’accord de gouvernement du 31 janvier dernier. L’effort de défense sera porté à 2,5 % du PIB à partir de 2034. Le communiqué du Conseil des ministres annonce que le total de l’effort de défense s’élèvera à 139,0 milliards d’euros sur la période 2026-2034. Le document dit tendre vers une répartition des ressources à l’horizon 2035 d’environ 35 % pour le personnel, 40 % pour le fonctionnement et 25 % pour l’investissement. Les investissements dans les infrastructures seront de 7 milliards d’euros. Le gouvernement souhaite consacrer 3% du budget de la Défense pour la DIRS (Defence Industry and Research Strategy) en augmentant son enveloppe de 30 millions d’euros.

La Force Terrestre sera réorganisée (crédit-photo Adrien Muylaert/BE Défense)

Les investissements pour la Force Terrestre

Les investissements les plus importants seront pour la Force Terrestre avec 13,8 milliards d’euros sur 8 ans. Une nouvelle réorganisation sera mise en place. La Brigade Motorisée sera organisée sur la base de quatre bataillons de manoeuvre: deux bataillons d’infanterie sur Griffon et deux bataillons de cavalerie, sur Jaguar pour trois escadrons et VBAE pour l’escadron de reconnaissance et d’intervention (ERI). Ils seront complétés par des unités d’appui: un bataillon de génie, un bataillon d’artillerie, un escadron de renseignement au contact d’abord sur Serval puis ensuite VBAE, un escadron multi-senseur pour l’appui au renseignement sur Serval, un escadron de drones tactiques armés sur Serval, un bataillon logistique, un bataillon transmission sur Serval et un soutien médical assuré par des postes de secours. Pour compléter l’équipement de cette brigade, la Défense prévoit l’achat de 315 véhicules de liaison et commandement (CLV) de type Falcon, 12 Jaguar, 85 Serval et 454 camions de différents types. Des achats sont également prévus pour équiper le futur bataillon de reconnaissance belgo-luxembourgeois: 35 véhicules de liaison et commandement, 11 Griffon, 24 Jaguar, 2 Serval, et 37 camions.

Comme indiqué la note de politique générale du ministre Theo Francken, la Force Terrestre sera dotée d’une deuxième brigade légère (ndlr: la Force Terrestre a déjà été dotée d’une brigade légère mais celle-ci comprenait des unités para-commandos jusqu’en juillet 2018 où elle est devenue le Special Operations Regiment). Sa forme définitive sera fixée au plus tard fin 2028. Elle devrait être organisée sur la base de trois bataillons de manœuvre: deux bataillons d’infanterie et un troisième bataillon, à créer, qui se spécialisera dans le domaine des drones de combat, plus les appuis. Depuis cette année, la Défense belge a désormais un général spécifiquement chargé des drones militaires pour toutes les Forces, le général Michel Van Strythem qui était jusqu’ici le commandant de la Force Cyber. Cette nouvelle brigade devrait être équipée en partie de véhicules de liaison et de commandement (CLV) de type Falcon.

Le Special Operations Regiment ne connaîtra pas de grosses évolutions. L’arrivée des hélicoptères légers et d’une capacité STOL (Short Takeoff and Landing) étaient déjà prévue lors des précédents documents stratégiques. Ce ne sera qu’une concrétisation. Le matériel existant sera complété par des véhicules blindés et une flotte de véhicules tactiques polyvalents (Medium Multirole Tactical Vehicle). Le plus gros investissement sera dans l’achat d’hélicoptères de transport lourds, qui seront principalement destinés au transport des forces spéciales et de leur matériel, ainsi qu’à l’évacuation médicale héliportée, et dans une partie plus secondaire la lutte contre les incendies. Mais ce dossier faisait aussi partie du plan STAR sans le début d’une concrétisation au vu de la complexité. Selon la Vision stratégique 2025, la Belgique s’est engagée auprès de l’OTAN à fournir cette capacité. En commission le 2 juillet, le ministre Theo Francken a évoqué le chiffre de 11 appareils qui seraient commandés.

La Belgique va faire l’acquisition de F-35 supplémentaires (crédit-photo Michael Moors/IPR Force Aérienne)

Les investissements pour la Force Aérienne

Pour la Force Aérienne, le plus gros investissement sera l’acquisition de 11 F-35 supplémentaires. Dès 2018, beaucoup de spécialistes avaient souligné qu’une flotte de 34 appareils était trop petite. « Depuis 2021, l’OTAN attend de la Belgique qu’elle dépasse cet engagement initial de 34 appareils et renforce davantage ses capacités aériennes de combat, condition essentielle pour garantir la domination dans les airs et contribuer pleinement à la défense collective du continent européen », souligne le document. Beaucoup espéraient que dans le nouveau contexte des relations UE-USA depuis l’élection de Donald Trump, la Belgique se tournerait vers un appareil européen. Le document y fait allusion. « Une flotte mixte composée de deux types différents d’avions de combat pourrait apporter une valeur ajoutée en matière de flexibilité stratégique. Une seconde flotte nécessite toutefois un investissement, à la fois budgétaire et en termes de personnel, qui dépasse de loin les capacités de la Défense dans l’horizon temporel de cette Vision stratégique », peut-on lire. L’exploitation d’une flotte mixte ne sera étudiée éventuellement qu’après 2040 si les conditions budgétaires et du personnel sont favorables. C’est la raison pour laquelle le gouvernement veut poursuivre les orientations prises dans le plan STAR en souhaitant intégrer le programme SCAF comme partenaire à part entière. Mais les relations entre les partenaires actuels du programme semblent compliqués tandis que le PDG de Dassault, Eric Trappier, a indiqué que la Belgique ne pouvait pas acheter du F-35 et vouloir intégrer le programme.

La Vision stratégique 2025 consacre toute une partie à la défense anti-aérienne. Elle souhaite l’acquisition de 10 batteries de tir (Firing Units) à courte et moyenne portée de type NASAMS (short/medium range – Norwegian Advanced Surface to Air Missile System) à l’horizon 2026. « Sa compatibilité avec certaines munitions déjà utilisées par les F-35, ainsi que sa disponibilité à court terme, en font une solution à la fois pragmatique, cohérente et stratégique », explique le document. Elles seront complétées par 3 batteries de tir (Firing Units) de longue portée (long range) pour 2029. « La défense aérienne anti-missile basée au sol (SBAMD), qui relève en fait de la composante aérienne, est mentionnée séparément afin d’indiquer clairement qu’elle coûtera 4 milliards d’euros », avait expliqué le ministre lors de la présentation aux députés le 2 juillet. Ce dossier devrait se faire en coopération avec le Benelux, et notamment les Pays-Bas qui possèdent déjà des systèmes NASAMS.

Dans le domaine aérien, on lit aussi des projets déjà prévus dans le plan STAR comme l’achat de petits avions de transport tactique pour éviter d’utiliser les A400M lorsque la cargaison ou le nombre de passagers ne le justifie pas. Le document confirme que la flotte A400M atteindra la pleine capacité opérationnelle dans le courant de l’année. Le deuxième A330 MRTT, commandée lors de la précédente législature, sera livrée durant l’actuelle législature.

A l’avenir, la Marine comptera trois frégates ASWF (crédit-photo Jorn Urbain/BE Marine)

Les investissements pour la Marine

Pour la Marine, le gouvernement prévoit l’acquisition d’une troisième frégate de type ASWF. Depuis longtemps, les deux frégates sont trop justes pour répondre aux besoins opérationnels. La Vision stratégique de 2016 n’avait pas voulu remplacer le navire de commandement et de soutien logistique Godetia retiré du service en 2021, les nouveaux chasseurs de mines pouvant remplir cette fonction. La Vision stratégique 2025 prévoit l’acquisition d’un navire de commandement et de soutien logistique pour compléter la flotte des chasseurs de mines.

Les investissements pour le Service Médical

Le Service Médical connaîtra aussi des transformations et notamment l’Hôpital Militaire Reine Astrid, qui sera remplacé par un nouveau hub médical. « Le Medical Hub, dont le concept sera rapidement développé durant la législature actuelle, se composera d’un centre d’expertise médicale, d’un nombre limité de spécialités pour des parcours de soins spécifiques basés sur les besoins de la Défense, d’un centre de formation, d’entraînement et de simulation afin d’assurer le maintien des compétences médicales), d’un centre de logistique médicale et d’un centre de recherche et de développement », précise le document. Les spécialités retenues seront axées sur les besoins opérationnels comme la travel clinic, la dentisterie, le centre de santé mentale, le laboratoire sang, la radiologie, le centre de médecine physique et de réhabilitation.

La Vision stratégique 2025 devrait être concrétisée par une loi de programmation militaire dans quelques mois comme cela avait le cas pour les précédentes. « Comme une troisième modification de la loi initiale rendrait le texte difficilement lisible sur le plan juridique, nous élaborerons une toute nouvelle loi qui remplacera l’ancienne, mais dont la teneur sera identique », avait expliqué le ministre Theo Francken aux députés. Cette nouvelle loi de programmation militaire établira également le financement de la stratégie pour la DIRS (Defence Industry and Research Strategy).

13 commentaires

  1. Ce programme paraît assez complet c’est le moins qu’on puisse dire . Concernant la Force Navale je me demande toutefois à la lecture de cet article si le navire de soutien et de commandement ajouté aux six nouveaux chasseurs de mines sera la 3eme régate ou si c’est bien un tout nouveau bâtiment indépendant des trois frégates prévues ?

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    • Le volet Force Aérienne ne mentionne pas l’acquisition d’hélicoptères SAR, qui devaient déjà être choisis en 2024, et absolument rien concernant le remplacement des avions d’ecolage Marchetti… On prospecte depuis 2018 et toujours rien… Le volet formation des pilotes de chasse se fait aux USA depuis l’abandon de l’école franco- belge en 2018. Ça fait beaucoup de dépendance aux États-Unis. Je pense qu’il faudrait une flotte d’avions de combat mixte quitte à ce que cela revienne plus cher.

      Concernant ce navire de soutien logistique, je comprends qu’il s’agit d’un type de navire tout à fait différent d’une frégate, sa mission étant tout à fait différente

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      • Non je n’ai pas parlé des 4 hélicoptères SAR car c’est un projet qui était déjà dans le plan STAR et qui est en cours d’exécution. J’en ai parlé dans un article récent donc je n’avais pas envie de répéter d’autant plus que l’article était déjà très long à rédiger et à lire.
        Oui le remplacement des Marchetti n’est pas mentionné dans le document.

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  2. Je ne vois pas de « vision stratégique » dans ce plan…

    Pour moi, une « vision », c’est d’abord définir ce qu’on veut que notre armée puisse faire comme missions, par exemple:

    -défendre le territoire « à tout prix » ==> cela implique beaucoup de choses

    -pouvoir repousser au moins un corps d’armée ennemi

    -pouvoir déplacer un corps expéditionnaire d’au moins 5.000 hommes n’importe où dans le monde et pouvoir le soutenir pendant au moins 3 mois

    -protéger le shape de Casteau contre toute attaque aeriennes (y compris balistique intercontinental)

    -etc.

    Une fois qu’on a défini les missions que notre armée devrait pouvoir faire, on peut alors commencer à réfléchir sur la manière dont on va remplir ces missions (ressources humaines et matérielles)

    Ceci dit, je suis déjà satisfait que notre budget ré-augmente enfin. On verra ce que Théo Francken est capable de faire (ou pas…) avec les nouveaux moyens mis à dispositions. Je suis un peu pessimiste sur ses capacités intellectuelles pour ce poste, mais j’espère que ses conseillers sauront « l’orienter » dans un sens favorable pour le devenir de nos forces armées.

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    • La vision stratégique est pourtant claire : c’est à 99% la même que celle qui prévalait durant le gouvernement précédent mais avec bien plus de moyens financiers.

      Et c’est là que le bas blesse. Le problème est que le retour de la haute intensité n’a pas été pris en compte quand-bien même la dite vision stratégique dit que la Belgique entrera la guerre quasi-automatiquement si la Russie attaque un pays de l’otan/ue.

      Autant les rôles de la marine et de la FA sont assez claires, autant celles de la FT sont toujours aussi mal définies.

      Participer aux conflits expéditionnaires français ? Même les Français n’y sont plus les bienvenus

      Participer à des guerres conventionnelles ? La Belgique a peu d’artillerie, aucun ifv, aucun char, et pas de masse.

      Protéger le territoire nationale ? La bonne blague

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  3. Quelle est le plus gros canon en tir direct sur véhicule dans la composante terre ? Les 90mm sur Piranha sont-ils encore opérationnels ? Sinon des 30 mm ?

    Ou le « gros canon » sur véhicule de combat est-il à présent obsolète ?

    NB: je conçois bien que la Belgique ne va pas se rééquiper en « chars d’assaut lourds ».

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    • À moyent, le 40 ctc sera notre plus gros calibre. Quant au fait d’avoir un gros canon sur un vehicule, c’est un concept toujours valable comme on le peut le constater en Italie et en Espagne.

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      • J’avoue que pour la FT je m’interroge beaucoup, ça restera une armée équipée pour les opérations extérieures sans matériel lourd; à l’inverse les armées des pays du flanc Est de l’OTAN renouvellent leur matériel lourd (chars d’assaut, IFV, etc). Effectivement il existe des plateformes plus lourdement armées (Centauro 2 entre autres). Si quelqu’un à des informations et explications je suis preneur.

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      • Les chars lourds utilisés actuellement sur le front en Ukraine montrent une vulnérabilité croissante face aux drones, aux mines, aux armes antichars et aux hélicoptères. Selon des rapports récents, environ 60 % des chars détruits sur le terrain sont victimes de frappes de drones ou d’explosifs placés à distance. La situation sur le terrain souligne leurs limites opérationnelles, malgré leur coût exorbitant, pouvant atteindre jusqu’à 10 millions d’euros par unité pour certains modèles. En Europe, leur disponibilité est également réduite, avec seulement les chars Abrams encore accessibles, et ce de manière limitée, avec environ 300 unités opérationnelles réparties dans plusieurs pays.

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