Le renouveau de la défense antiaérienne belge: des projets aux premières concrétisations

Le gouvernement belge a confirmé l’achat de systèmes NASAMS (crédit-photo : Kongsberg)

Le renouveau de la défense antiaérienne belge: des projets aux premières concrétisations

Lors de la commission de la Défense nationale du 10 décembre 2025, le ministre de la Défense, Theo Francken, avait profité de deux débats d’actualité – l’un lié au NASAMS, l’autre à la lutte contre les drones – pour exposer les projets et avancées de la Défense concernant la construction d’une défense antiaérienne multicouche. Lors d’un autre échange de vues, cette fois-ci en commissions jointes du 27 janvier 2026, réunissant les ministres Theo Francken (Défense), Bernard Quintin (Intérieur) et Jean-Luc Crucke (Mobilité, Entreprises publiques, Institutions fédérales), les discussions s’étaient davantage concentrées sur les capacités de lutte contre les drones. Depuis, plusieurs dossiers ont franchi une étape décisive. À l’occasion du sommet de l’OTAN d’Ankara, la Belgique et les Pays-Bas ont signé un accord de coopération officialisant une large partie des acquisitions annoncées devant les parlementaires.

Deux options pour la longue portée

Concernant le segment supérieur, celui de la longue portée, le ministre rappelle qu’un choix doit être opéré entre le système américain Patriot – construit par l’entreprise Raytheon précédemment mentionnée – ou le SAMP/T franco-italien. La Vision stratégique 2025 et la loi de programmation militaire pour la période 2026-2034 prévoient l’achat de 3 unités, pour un montant de 1,98 milliard d’euros. Les crédits devraient être engagés en 2029. Lors de la commission parlementaire, le ministre rappelle également qu’une étude a été commandée auprès de la Force aérienne, précisant qu’elle sera disponible d’ici l’été.

Bien que la question du choix entre les deux systèmes ne soit pas d’hyper-actualité, il est à noter que Thomas Laliberty, président de la division Land and Air Defense Systems de Raytheon, mentionnait certains contacts avec les autorités belges dans le cadre de ce dossier lors d’une interview accordée à l’Echo. Ce dernier précisait ne pas vouloir entrer dans le détail : « Nous sommes encore en compétition avec des concurrents pour certains systèmes […] Les participations industrielles font partie de notre offre pour battre la concurrence« .

Du côté d’Eurosam, des contacts ont été pris entre MBDA et de potentiels partenaires industriels belges tels la Sonaca ou la Sabca, lors du salon du Bourget en juin 2025. « Mais compte tenu de l’intérêt, ce ne sera pas suffisant et il faudra étendre notre base industrielle en dehors de l’Italie et en France […] et avec la Belgique, on a une proximité importante« , dixit un représentant de MBDA. Lors du même salon, l’agenda du ministre projetait des rencontres avec des acteurs industriels liés à des systèmes de défense antiaérienne. Le même représentant de MBDA envoyait un message limpide au ministre : « On a un message pour votre ministre Francken […] si vous voulez vraiment protéger vos sites stratégiques face à la menace russe, il n’y a qu’un système qui peut le faire: c’est celui-ci« , évoquant le missile Aster, intercepteur utilisé par le SAMP/T.

Les opérations de séduction ont déjà commencé, tandis que les retours industriels seront au cœur des stratégies de chacun.

La Belgique et les Pays-Bas renforcent leur coopération dans le domaine de la défense antiaérienne

Des NASAMS confirmés pour la courte et moyenne portée

En décembre 2025, Theo Francken avait expliqué qu’une équipe dédiée se préparait à l’acquisition de dix NASAMS, comme segment pour la courte et moyenne portée. En octobre 2025, une déclaration d’intention avait été signée avec les Pays-Bas, pour associer la Belgique au contrat déjà conclu par ceux-ci avec l’entreprise Kongsberg Defence & Aerospace (NOR). La démarche permettait d’accélérer la réception de la capacité, tandis que des accords précis concernant la gestion, la maintenance et la formation restaient à définir. En marge du sommet de l’OTAN à Ankara, la Belgique et les Pays-Bas ont concrétisé cette déclaration d’intention en signant un accord de coopération le 8 juillet. « Les deux pays utiliseront la même architecture pour la défense aérienne terrestre, ce qui renforcera au maximum la coopération en matière de formation, de maintenance, de logistique et de déploiement opérationnel », explique le communiqué. Cet accord confirme ce que le ministre Theo Francken avait évoqué en commission à savoir que la Défense louera temporairement un système livré directement par le constructeur afin de pouvoir commencer la formation sur la capacité dès juillet 2027. La livraison des systèmes sera étalée sur les années suivantes.

La Vision stratégique 2025 prévoit un budget de 2 milliards d’euros pour les systèmes et la formation. Les crédits devraient être assez rapidement engagés puisque la somme de 1,973 milliard d’euros a été approuvée en tant que dérogation dans le projet de loi de finances pour l’année budgétaire 2026, établissant le budget fédéral pour les trois premiers mois de l’année (douzièmes provisoires). Comme l’a mentionné le Chef de la Défense, le lieutenant-général aviateur Frederik Vansina, lors de son audition en commission défense du 12 novembre 2025, le système sera connecté aux systèmes de défense aérienne intégrés de l’OTAN.

L’achat du stock initial de munitions s’élève de son côté à 1,1 milliard d’euros. Ces missiles AIM-120 AMRAAM sont également utilisés par les F-35. Le ministre rappelle que les négociations sont toujours en cours pour produire ces derniers en Europe. Le cabinet du ministre avait aussi indiqué que le fabricant américain Raytheon allait débuter une étude de faisabilité quant à l’établissement d’une ligne de production en Europe dès février 2026 (Belga). Le processus durerait environ un an et impliquerait d’étudier l’éventuelle participation d’entreprises belges. Plusieurs pays européens sont en lice dont les Pays-Bas.

La localisation des dix systèmes NASAMS n’a pas été rendue publique. Le gouvernement indique qu’ils auront pour mission de protéger les infrastructures critiques. Le port d’Anvers figure parmi les sites appelés à bénéficier de cette nouvelle capacité comme annoncé par le Premier ministre Bart De Wever en février dernier. Les principales bases aériennes, Florennes et Kleine-Brogel, devraient également constituer des priorités. Le ministre Theo Francken a indiqué aux députés que cette capacité serait implantée à Ursel.

Les Skyranger 30, commandés par la Belgique, ne seront pas mobiles (crédit-photo Rheinmetall)

Des Skyrangers pour le segment inférieur

L’accord du 8 juillet entre la Belgique et les Pays-Bas comprend également l’achat d’une vingtaine de systèmes Skyranger 30 sur châssis fixe de Rheinmetall, 54 véhicules de commandement d’Iveco ainsi que 14 Multi Mission Radars GM200 de Thales. « Les véhicules Gepard belges ne répondent plus aux exigences actuelles, ne sont pas compatibles avec les NASAMS et manquent de capacités d’avenir. De plus, leurs munitions ne sont plus produites », avait précisé le ministre Theo Francken aux députés. Il sera la première couche de défense. Equipé d’un canon de 30 mm, spécialement conçu pour neutraliser, entre autres, les drones et autres menaces volant à basse altitude, tout en protégeant les installations NASAMS elles-mêmes. Ils seront utilisés par la nouvelle réserve territoriale.

En décembre 2025, les Pays-Bas ont fait l’acquisition de 22 SkyRanger 30 mobiles montés sur le véhicule chenillé ACSV Gen 5, auxquels s’ajoute un nombre non précisé de versions fixes, ainsi que des simulateurs d’entraînement. La Défense néerlandaise privilégie ainsi une composante davantage mobile que la Défense belge. Le contrat a été conclu avec Rheinmetall Suisse, qui construira les trois premiers prototypes. Le relais sera pris ensuite par Rheinmetall Pays-Bas, à Ede, dans la production et l’assemblage des systèmes restants. Les premiers systèmes arriveront en 2028 et les derniers seront livrés au plus tard en 2029. Ils seront notamment destinés à la protection des unités combattantes mais aussi des sites et zones stratégiques, tels que le port de Rotterdam et les installations militaires.

Des retombées industrielles au cœur du programme

La valeur totale de cette commande s’élève à 3,1 milliards d’euros, munitions comprises. Dans son communiqué, le ministre Theo Francken met l’accent sur la coopération européenne industrielle en précisant que cet achat s’inscrit dans le cadre de l’instrument européen SAFE, qui soutient les investissements dans l’industrie européenne de la défense. Selon le gouvernement, les retombées pour l’industrie belge pourraient représenter plusieurs centaines de millions d’euros, voire dépasser le milliard d’euros en tenant compte des effets multiplicateurs. Pour les NASAMS, plusieurs entreprises belges participeront au développement et à la production de composants des lanceurs, de systèmes de commandement, de logiciels, d’électronique embarquée, de solutions informatiques ou encore de moyens de camouflage. Feronyl, Tecnolon, ScioTeq, Grimonprez, Advionics, Sonaca, DPM, Sioen et Sabena seront concernés.

Le programme des radars GM200 associera ACB, Rogers, Materialise, Layerwise et Thales Belgium dans des domaines tels que la fabrication additive, les circuits imprimés avancés, la cybersécurité, la simulation et la maintenance. Pour le SkyRanger 30, ScioTeq, Intersoft, Advionics, John Cockerill, MOL et OIP contribueront notamment à la fourniture de displays, de composants radar ainsi qu’aux activités de soutien en service.

Après plus de vingt ans d’absence sans capacité moderne de défense antiaérienne, la Belgique entre ainsi dans une phase de reconstruction. Si le choix du système de longue portée reste encore à arrêter, les deux premières couches de cette future architecture sont désormais clairement identifiées et leur mise en œuvre est officiellement engagée.

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