
Les missiles de la Défense belge : état des lieux et perspectives.
Au cours des derniers mois, de nombreuses annonces d’acquisition de différents types de missiles à destinations des différentes forces ont été annoncées. Certaines ont été suivies rapidement de concrétisation. D’autres seront développés au cours des années à venir. Cet article a pour ambition de passer en revue l’ensemble des missiles, présent et à venir, qui arment ou armeront les différentes forces de la Défense.
Force Aérienne
La Force Aérienne voit son arsenal de missiles s’étoffer, tant dans les domaines air-air qu’air-sol, sans oublier la défense aérienne.
Début mai, la presse relayait l’information selon laquelle la Belgique a obtenu l’accord des USA pour une vente de missiles AMRAAM à hauteur de 3,13 milliards d’euros (3.69 milliards de dollars). L’AIM-120 AMRAAM est le missile à longue portée et à guidage radar en service dans les forces aériennes équipées d’appareils américains (F-35, F-16, F-18…) ou encore de Typhoon ou de Gripen. De plus, l’AMRAAM est également le missile principal devant armer les 10 systèmes NASAMS acquis auprès de la Norvège. Si le nombre de missiles et d’équipement associé n’a pas été communiqué, certains analystes estiment que le prix d’un missile oscillerait entre 1 et 3 millions de dollars. Des discussions sont en cours entre la Belgique et RTX (fabriquant de l’AMRAAM) pour implanter une usine à Zutendaal (Flandre). En 2022, la Belgique avait déjà fait l’acquisition d’un lot de 120 AMRAAM pour 380 millions de dollars.
Pour rester dans le domaine AIR-AIR, en septembre 2025, la Belgique avait déjà acheté 578 missiles AIM-9X Block II(+) Sidewinder. Contrairement à l’AMRAAM, le Sidewinder est un missile à guidage infrarouge à courte portée (environ 35 km). Une intégration de Sidewinder dans le système NASAMS est également proposé par Kongsberg mais cette option ne semble pas être étudiée par la Belgique à l’heure actuelle.
En mai, la presse belge a également relayé des contrats concernant l’achat de missiles de croisière par la Belgique. En effet, un dossier pour l’achat d’AGM-184 Joint Strike Missile est en cours de concrétisation. Variante américaine du Naval Strike Missile norvégien destinée à être lancée depuis le F-35, le JSM offre une capacité inédite pour la Belgique lui permettant de frapper des cibles terrestres et navales à plus de 350km. En marge du salon aéronautique de Farnborough, les fabriquants du MQ-9B (General Atomics) et du JSM (Kongsberg) ont annoncé avoir franchi deux étapes importantes dans l’intégration du JSM sur les drones Skyguardian.
Dans le domaine air-sol, la dernière annonce d’importance concerne l’acquisition de deux types de missiles Air-Sol pour armer les drones MALE de la force aérienne : l’AGM-114 HellFire américains et le Brimstone anglais. Le Hellfire est un missile bien connu car ses premières versions remontent aux années 1980 et à l’introduction du AH-64 Apache dans l’arsenal américain. Il est depuis devenu le principal missile antichar occidental, équipant hélicoptères de combat et drones. Sa portée est comprise entre 8 et 11km. En décembre 2025, le State Department américain avait approuvé une vente de 240 AGM-114 R2 pour un montant de 79 millions de dollars. Le missile Brimstone, de l’européen MBDA, est de conception plus récente et offre davantage de portée ainsi qu’une efficacité particulière face aux cibles évoluant à grande vitesse, y compris des cibles navales. Toujours en marge de Farnborough le ministre Franken a annoncé que ces derniers devraient être livrés dans quelques mois.
En ce qui concerne la défense aérienne à longue portée, le choix entre le Patriot américain et le SAMP/T franco-italien doit être opéré avant 2029. Nous avons consacré un article détaillé à cette question récemment.

Force Terrestre
En ce qui concerne la Force Terrestre, le principal missile antichar qui sera prochainement mis en service sera l’Akeron MP (Moyenne Portée) anciennement désigné MMP. Ce missile antichar français, développé par MBDA, remplacera les missiles Spike et équipera les unités d’infanterie débarquée ainsi que les blindés EBRC Jaguar qui recevront 4 de ces missiles, dont deux prêts au tir. L’acquisition avait été annoncée en septembre 2023 et les livraisons devraient prochainement débuter. Durant le printemps 2026, l’école d’infanterie a effectué une tournée des unités afin de leur présenter les futurs matériels devant entrer en service, parmi lesquels figuraient le MMP.
La Force Terrestre disposera également de ses propres missiles anti-aériens. Les Mistral seront déployés au sein des bataillons d’artillerie et sont destinés à protéger les éléments de la Force Terrestre lors de ses déploiements à l’étranger. Les Mistral seront également amenés à être montés sur les VMBR-L Serval, accompagnés de Serval équipés de canon de 30 mm, dans une doctrine similaire à celle mise en place par l’armée française avec les Serval DSA (Défense sol-air avec Mistral) et LAD (lutte anti-drone avec canon de 30 mm).
Enfin, les Forces spéciales ont également reçu, fin 2025, ses premiers missiles anti-aériens Piorun d’origine polonaise, d’une conception proche des missiles Igla russe. Le Piorun a l’avantage par rapport au Mistral, d’être tirable de l’épaule, sans nécessité de poste de tir. Le Mistral a pour lui d’avoir une plus grande portée et une plus grande charge militaire.
A côté de ces « petits » missiles, la Belgique entend également se doter d’une capacité « Deep Strike » et MLRS, ce qui implique de se doter de nouveaux systèmes d’armes (véhicules et missiles), mais jusqu’ici, aucune indication quant au système qui serait choisi (HIMARS, PULS, Thundart…)
Marine
La Marine belge est équipée de deux types de missiles, tous deux équipant les frégates de classe M. Il s’agit du missile anti-navire Harpoon et du missile anti-aérien RIM-7 Sea-Sparrow. Les frégates ASWF, remplaçantes prévues actuellement des frégates M, devaient embarquer les nouvelles versions des Sea-Sparrow, les RIM-162 ESSM (Evolved SeaSparrow Missile), ainsi que le missile NSM (Naval Strike Missile), à partir duquel a été développé le JSM évoqué plus haut. Au moment de la rédaction de cet article, le programme de remplacement des frégates M fait encore l’objet de discussions. L’armement des futures frégates belges pourrait donc évoluer en fonction du choix définitif du bâtiment retenu.
Au-delà de la diversité des systèmes présentés, ces différents programmes témoignent d’un renforcement progressif des capacités de la Défense belge dans l’ensemble des milieux opérationnels. Qu’il s’agisse de renouveler des armements existants ou de se doter de capacités inédites, comme le Deep Strike ou les missiles de croisière du F-35, ces acquisitions traduisent l’évolution des besoins opérationnels et l’adaptation de la Défense aux menaces actuelles et futures.

