De la classe Tripartite à la classe City : les nouveaux défis de la Marine belge

Deux classes en une image: le Lobelia et l’Oostende (crédit-photo Jorn Urbain/BE Marine)

De la classe Tripartite à la classe City : les nouveaux défis de la Marine belge.

C’était l’un des derniers grands achats à arriver en Belgique. La Marine belge a reçu son premier chasseur de mines de la nouvelle classe « City », le M940 Oostende le 3 novembre dernier. La formation de l’équipage va désormais débuter en plaçant en premier lieu l’accent sur la navigation sans l’utilisation de la toolbox. Effectivement la toolbox n’arrivera qu’à la fin du mois. C’est ensuite que des exercices plus compliqués seront menés avec tous les outils du chasseur de mines. Un rapport de la Cour des Comptes sur le remplacement de la capacité de la lutte contre les mines est sorti le 23 septembre dernier. Il donne un aperçu des défis pour la Marine belge lors de la phase de transition entre la classe Tripartite et la classe City.

Un besoin de personnel supplémentaire

A cause de la modularité de la plateforme, les nouveaux chasseurs de mines auront besoin de plus de personnel. « Il y aura, d’une part, un équipage de base qui restera affecté à une plate forme spécifique et assumera les tâches de base pour naviguer avec cette plate-forme et, d’autre part, des équipes spécialisées qui seront déployées pour utiliser les différents outils. Ces équipes spécialisées pourront embarquer selon la mission et les drones nécessaires », explique le rapport. Cela signifie donc que l’équipage comprendra une soixante de personnes contre une trentaine actuellement. De plus la mutation entre les deux plateformes nécessitera une période de formation pour le personnel ainsi que le recrutement de personnel supplémentaire pour pourvoir tous les profils de fonction. Selon le rapport, la Marine souhaitait au départ disposer de neuf équipages complets avec pour objectif de changer d’équipage en cours d’opération sans rentrer en port d’attache et de suivre des entraînements à terre. Mais les estimations ont montré que c’était irréalisable d’ici 2040. La Marine comptera plutôt six équipages, soit un par chasseur de mines, et la rotation ne sera pas possible avant 2040.

Des officiers de liaison de la Marine sont présents sur le site d’Exail Robotics à Ostende (crédit-photo Exail Robotics)

Utilisation du principe train the-trainer pour la formation des équipages

Sur la partie formation, Naval Group et Exail Robotics assurent un programme contractuel de formations et d’entraînements en usine qui est donc axé sur la plate-forme ainsi que sur les outils. Le programme complet de formation et d’entraînement en usine (avec environ 175 sessions) a pris environ un an et demi entre mai 2024 et octobre 2025 pour le premier équipage à bord de l’Oostende. Mais en plus du programme de formation fourni par le contractant, l’équipage devra encore suivre encore suivre un trajet de préparation et de mise en condition pour le navire, l’équipage et l’exploitation du navire afin d’atteindre les niveaux souhaités de préparation et de déployabilité. Naval Group et Exail Robotics donneront également des formations sur le terrain durant la maintenance des plates-formes et des outils après leur réception. « La Défense s’est fixé pour objectif de travailler selon le principe train the-trainer. Les instructeurs de la Navy Academy (NAC) et un premier équipage seront formés par le contractant (et auprès de celui-ci) et pourront ensuite acquérir de l’expérience sur le navire MCM après sa réception », décrit le rapport. Le premier équipage formera ensuite le suivant.

Le rapport souligne que le retard de livraison aura des incidences sur la formation des équipages, l’impact étant limité pour le premier chasseur de mines Oostende. « Selon le service du personnel, les instructeurs qui doivent d’abord suivre eux-mêmes le cours en usine ont besoin d’environ un an et demi pour adapter ce cours si nécessaire et se préparer à pouvoir ensuite dispenser cette formation à la Navy Academy », explique-t-il. Le laps de temps prévu au départ entre la réception des premier et deuxième chasseur de mines suffisait pour déployer cette approche. Mais l’écart de livraison entre les deux navires étant désormais réduit, ce n’est plus le cas. De plus, la livraison du simulateur a également connu du retard. En appliquant le principe train the-trainer, la Navy Academy pourra prendre la direction de la formation seulement à partir de l’arrivée du quatrième ou cinquième chasseur de mines. De plus, la première toolbox ne sera livré que dans une version initiale avec une mise à niveau vers la version totale. Cela compliquera donc l’organisation des formations et entraînements puisque les marins devront suivre des formations supplémentaires de mise à niveau. Ces retards ont une incidence sur le moral du personnel. « Du point de vue des ressources humaines, on souhaite, d’une part, être prêt à temps pour le programme de formation en désignant l’équipage le plus tôt possible, c’est-à-dire en indiquant qui est éligible à quelle formation et quel entraînement en usine. D’autre part, on veut convoquer l’équipage à cette formation le plus tard possible afin de réduire au minimum le délai entre la formation et la prise en main réelle des nouveaux navires », détaille le rapport. Des visites au chantier naval et des réflexions sont ainsi organisées pour maintenir l’implication de l’équipage.

La Marine aura besoin de plus de spécialistes (crédit-photo Jorn Urbain/BE Marine)

Un besoin de recrutement en hausse

Avec l’arrivée de cette nouvelle capacité, le recrutement sera donc primordial. Pour les nouvelles fonctions, la Marine cherche par exemple des opérateurs UAV (unmanned aerial vehicle), des spécialistes en sécurité informatique et des techniciens. « Le plan d’entreprise 2023-2026 de la marine prévoit toutefois encore plusieurs années de baisse de l’effectif, ce qui pose des défis majeurs, en particulier pour le soutien à terre (maintenance et logistique) », explique le rapport. Selon lui, la Marine a un besoin en personnel de 1.983 personnes pour 2025, alors que la prévision du personnel disponible en 2025 n’est que de 1.173 personnes (soit un manque de 810 personnes ou 40,8 %). La Marine a été autorisée à procéder, à partir de 2025, à plus d’engagements que les chiffres prévus dans le plan de recrutement (initialement 140 recrues par an) pour atteindre 1.983 personnes d’ici à 2030. Le plus grand défi sera de recruter du personnel de soutien à terre. « Par exemple, la liaison géographique au site de Zeebruges complique la recherche d’un nombre suffisant de personnes possédant les qualifications adéquates. En effet, 60 % du personnel de soutien est actuellement recruté en Flandre occidentale », peut-on lire dans le rapport. La Marine utilise donc un contrat de services pour combler la pénurie de personnel à terre. Il a été renouvelé en septembre 2024 pour une durée de 4 ans.

Un niveau d’ambition à la baisse pendant quelques années

Selon le calendrier initial annoncé en 2024, le premier chasseur de mines, le Bellis, était retiré du service à la fin du mois de décembre 2024. Il était suivi par le Narcis en mai 2025, le Crocus en février 2026, le Lobelia en juin 2027 et le Primula en janvier 2028. Le rapport de la Cour des Comptes indique que le calendrier de retrait a été sans cesse modifié au fur et à mesure que le calendrier de livraison glissait. Le Bellis a été retiré à la date prévue tout comme le Narcis. Mais le Crocus sera quant à lui retiré au premier trimestre 2027, le Lobelia au 4ème trimestre 2027 et le Primula au 4ème trimestre 2028. Le Narcis a été donné à l’Ukraine en juin 2025. Les quatre autres seront cédés gratuitement à la Bulgarie. Quant aux équipages, leur nombre va varier entre les deux classes. Il y aura encore trois équipages disponibles en 2024 et 2025 pour la flotte actuelle de chasseurs de mines et plus qu’un en 2026. Selon une estimation de la Cour des Comptes à partir des données fournies par la Défense, l’équipage de l’Oostende sera déployable pour des opérations à partir de l’automne 2026. Pour le Tournai, qui sera livré à la fin du mois de mars 2026, ce sera fin 2027. Pour le troisième le Brugge, ce sera à partir de mi-2028. Dès lors la nouvelle flotte MCM n’atteindra sa pleine capacité opérationnelle qu’à partir de mi-2031. De ce fait, le niveau d’ambition sera revu à la baisse et ne pourra pas être réalisé pendant plusieurs années. Seul un navire sera déployable avec un niveau de préparation élevée, tandis qu’un deuxième le sera avec un niveau faible. « Sans retard supplémentaire dans le calendrier de réception, le niveau d’ambition de deux navires déployables avec un niveau de préparation élevée pourra toutefois être atteint à partir de l’automne 2027. À la même condition, deux navires MCM avec un niveau de préparation élevée et deux navires MCM avec un niveau de préparation faible pourront être déployés mi-2028 », précise le rapport. Cela représente un écart de capacité par rapport aux exigences de l’Otan.

La base navale de Zeebruges connaîtra des changements pour accueillir les nouvelles frégates et les nouveaux chasseurs de mines (crédit-photo Jorn Urbain/BE Marine)

Des travaux d’infrastructures importants à réaliser

Tout comme les autres grands programmes d’achats, l’arrivée des nouveaux chasseurs de mines nécessitera des travaux d’infrastructures. Les quais de la base marine de Zeebruges seront ainsi adaptés et rénovés. Pour la rénovation du dock 1, un marché d’étude a été attribué en 2023 pour 3,21 millions d’euros. Les travaux d’étude seront finalisés et le cahier spécial des charges sera établi au premier trimestre 2026. L’attribution du marché public suivra au quatrième trimestre 2026. Les travaux structurels ont été reportés, notamment pour des raisons budgétaires. « L’engagement des crédits a été reporté, parce que le coût de la rénovation du quartier général national à Evere est beaucoup plus élevé que prévu et que le calendrier de réception des frégates a été reporté », précise le rapport. Ils seront réalisés d’abord sur le quai ouest (2027-2028) et, ensuite, sur le quai est (2029) du dock 1. L’estimation la plus récente de ces travaux, qui tient mieux compte des interventions nécessaires, table sur un coût de 118 millions d’euros. Dans l’intervalle, le calendrier prévoit d’adapter l’alimentation des quais (câblage par Elia) en 2026-2027. L’objectif est que quatre nouveaux chasseurs de mines puissent accoster au dock 1 à partir de 2025. Les adaptations structurelles au dock 2 sont encore dans une phase conceptuelle. L’objectif est toutefois de pouvoir également accoster un nouveau chasseur de mines (ou une frégate) au dock 2 à partir de 2025, outre les chasseurs de mines encore à retirer de la circulation. Le Conseil des ministres du 7 novembre a d’ailleurs passé un marché de conception, construction et maintenance pour une nouvelle infrastructure en soutien aux chasseurs de mines et frégates à la base navale de Zeebruges.

La maintenance avancée des navires sera externalisée par le contrat I-ISS, qui couvre la maintenance préventive, corrective et adaptative des plates-formes, des outils, des équipements en conteneurs et du simulateur et qui fait partie du contrat d’achat général. Ce dernier a débuté dès la réception de l’Oostende. Sa durée est de 10 ans et est reconductible jusqu’à la réception définitive du dernier navire. « Elle ne sera donc plus effectuée intégralement sur la base navale même comme pour les chasseurs de mines tripartites. En effet, l’élévateur à navire vers la cale sèche existante est sous-dimensionné pour les navires MCM, qui sont plus grands et plus lourds que les chasseurs de mines tripartites », précise le rapport. Un autre hangar à navire et le bâtiment du service de maintenance seront réaménagés en vue du stockage et de la maintenance des outils MCM pour un montant attribué de 1,29 million d’euros. La maintenance des outils sera assurée par des militaires sur la base marine même, avec l’implication du consortium dès la phase initiale. Le nouveau simulateur destiné aux formations et entraînements devait à l’origine être installé dans un bâtiment existant sur le site de la Navy Academy à Ostende mais c’était impossible en raison du manque d’espace disponible, d’une structure de réseau trop faible (TIC) et d’équipements de refroidissement insuffisants. Le choix s’est porté une installation de conteneurs haut de gamme, qui est le centre d’entraînement modulaire construit par Naval Group sur le site de la Navy Academy à Ostende. Le Maritime Operations Centre de l’Amirauté Benelux sera transféré d’Ostende à Zeebruges dans un nouveau bâtiment qui devra être construit. L’attribution du marché est prévue pour décembre 2026. Le coût total de la phase de conception et de construction est estimé à 72 millions d’euros.

Le contrat de base, estimé à environ 1 milliard d’euros pour la partie belge, serait désormais d’au moins 1,5 milliards d’euros. Le rapport de la Cour des comptes estime que le coût est pour l’instant maîtrisé mais que l’inflation peut encore faire augmenter le coût initial vu que tous les navires n’ont pas encore été livrés.

La Défense belge n’attend donc plus que la première livraison d’un dernier grand programme, celui des frégates ASWF dont le coût a explosé. Elle est attendue pour le second semestre 2030.

8 commentaires

  1. 2030 pour la livraison de la première Frégate ? Je rêve !!! Les délais de livraison sont honteux et incroyables !!! Sur le temps que les USA construisent un porte avion, nous on attend la construction d’une frégate, hallucinant !!! En Europe, les délais sont toujours trop importants, toujours hors timings…

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    • Vous avez absolument voulu Daemen, boite de merde mais néerlandaise, vous avez Daemen, avec son passif judiciaire pour magouilles et sa faible solidité financière. Vous auriez pu avoir Thales pour le même prix, mais bon, comme toujours, il fallait saupoudrer.

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      • Effectivement. Tellement foireux que le gouvernement néerlandais a demandé à NG, le vilain constructeur français incompétent, de concevoir le successeur des Walrus plutôt que de donner le marché à Damen associé à Saab.

        Damen est à deux doigts de la faillite et la Marine Allemande va sans doute leur retirer l’attribution du marché de nouvelles frégates pour retard de développement, explosion des coûts et problèmes logiciels.

        Il n’y a que Bxl pour leur acheter des frégates (décision prise en 2018), 2 bateaux pour 1 Mrd € au total. On est en 2025. Le cahier des charges n’est toujours pas arrêté et on est à 1.3 Mrd €, mais pour une seule coque, et sans assurance.

        Il est question d’une troisième coque …

        C’est BeNeSam, donc politiquement intouchable. Imaginez, aller dénoncer un accord avec les Néerlandais … Un cauchemar flamand à l’Etat-Major et à la N-VA.

        A ce jour, aucune assurance quant aux specs des bateaux, aucune assurance quant au coût final, aucune assurance quant au calendrier de livraison …

        Pour en terminer, une question à l’innocent du village qui ne répond jamais : si les frégates belges ne sont pas construites en Europe, où pourraient-elles l’être ?

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  2. les frégates aswf choisies par la belgique et la Hollande seront parmi les plus sophistiquées au monde pour la lutte anti-soumarine. En plus, elles auront un super design futuriste. Et de ce point de vue, on a bien fait de choisir Damen. J’ai mes infos personnelles pour affirmer cela. Néanmoins, damen à choisi de changer de logiciel de conception ( PLM de Dassault System) en plein milieu du chantier des frégates allemandes et belgo-hollandaises. C’est le meilleur logiciel au monde, mais il ne fallait pas faire le changement maintenant. Ils sont empêtrés entre les problèmes de formation des ingénieurs et la dynamique qu’il faut garder pour que le chantier avance dans des délais raisonnables. Ils sont maintenant obligés d’aller jusqu’au bout en esperant qu’ils aient assez de réserves financières pour passer le cap, avant que ça ne se transforme en scandale. On attend toujours le design définitif.

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  3. Livraison de la première frégate belge en 2030 : « Honteux, scandaleux » puis-je lire.

    Mais nous sommes fin 2026 et sauf erreur, les délais avec d’autres chantiers, sauf peut-être les chinois, sont assez proches……

    Pour les coûts : Là effectivement de légitimes interrogations peuvent être émises. A priori et pour une bonne réussite du programme, il est indispensable que de vrais responsables précédent les événements fâcheux qui pourraient marquer son exécution et les contrent.

    Et à nouveau, de vous rappeler mon idée ici présentée.

    Soit : Se rapprocher d’un petit Etat voisin, le Luxembourg, enfin qu’il soit mis en place avec lui une coopération financière,technique et humaine, dans le but d’accompagner la mise en flotte d’une troisième frégate. Une troisième frégate qui par ailleurs est pleinement justifiée dans un futur relativement proche pour nos espaces maritimes communs en hémisphère Nord.

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