Le Pandur, un concours de circonstances qui a complexifié le dossier

Le Pandur est devenu un véhicule de reconnaissance en 2004 (crédit-photo Jean-Noël Duret/BE Défense)

Le Pandur, un concours de circonstances qui a complexifié le dossier.

Deuxième volet de l’audition du lieutenant-général Rudy Debaene du 19 février devant la Commission de la Défense.

Le dossier remonte au Rwanda 94. Après l’assassinat de dix paracommandos, le gouvernement a décidé d’offrir une meilleure protection à ces unités. Un cahier spécial des charges a été élaboré et le Pandur en est sorti. « Il y a eu pas mal de discussions sur le Pandur dans les unités. Au sein de la brigade, on a constaté qu’il n’était pas utilisé. En 2004, on a décidé de faire du Pandur un véhicule reconnaissance. A l’époque, c’était le choix le plus efficace avec les impératifs budgétaires », explique le lieutenant-général Rudy Debaene. En 2013, la Défense lance le volet de la protection anti-mines au sein d’un programme de coopération internationale, mené par l’Autriche qui a attribué le marché en juillet 2015 à Mowag. Une première phase a été installée sur un véhicule. La Belgique a également donné deux carcasses à l’entreprise pour s’entraîner. Le prototype n’a été accepté qu’en 2017 après un échec au niveau du 2ème et 3ème essieu. Il a fallu même procéder un quatrième test pour que le 3ème essieu soit validé. La production en série a été ensuite lancée. Mowag s’est partagé la charge du travail avec John Cockerill. Sur les véhicules livrés par John Cockerill, la Défense a constaté que les pédales ne fonctionnaient pas correctement. Pas satisfait non plus du travail qui ne correspondait pas à ce qu’elle demandait, Mowag a décidé de tout reprendre fin 2019. Après tout ce retard accumulé, la Défense a demandé à l’entreprise suisse de lui fournir un plan final. « Mowag est bien conscient de ne pas avoir fourni un bon travail. Ils ont déjà eu des amendes. Le gouvernement suisse n’est pas très content non plus. L’entreprise est sous une pression énorme et veut redresser la situation », a indiqué le lieutenant-général Rudy Debaene. Le kit n’a été posé que sur sept véhicules pour l’instant et non les 44. Le chef de la DGMR a tenu à préciser que rien ne changera pour la taille des conducteurs avec les adaptations à venir et qu’ils pourront continuer à conduire le véhicule comme avant. La différence est de quelques centimètres.

Parmi le programme d’update, un nouveau tourelleau téléopéré sera installé (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Indépendant de ce volet blindage, qui a fait l’objet de nombreux articles dans la presse, la DGRM a lancé d’autres programmes d’update qui sont planifiés ultérieurement. Le blindage étant plus lourd, il faut réparer l’équilibre puissance-masse pour garantir une certaine mobilité des véhicules. La protection passive et offensive du blindage sera améliorée. C’est l’entreprise autrichienne Steyr qui sera chargé d’installer le nouveau moteur, le nouveau tourelleau téléopéré et les nouvelles transmissions. Le quatrième volet concerne l’électronique afin de résoudre l’obsolescence du programme Recce de 2004-2006. Le pilotage aura un ordinateur qui sera intégré. Dans le cadre de l’arrivée des nouveaux véhicules du contrat CaMo, une compagnie reconnaissance du bataillon ISTAR pourra être amenée à évoluer au sein de la capacité motorisée. C’est pour ça que les véhicules Pandur seront « scorpionnisés ». Cette partie du programme d’update a été confiée à Thales Belgium. Le dernier programme concerne l’installation de filets anti-RPG, une structure métallique qui sera posée sur les côtés du véhicule afin de faire exploser les missiles un peu plus tôt. L’ensemble des programmes a un coût de 31 millions d’euros.

L’armée néerlandaise a utilisé le Fennek, son véhicule de reconnaissance, au Mali (crédit-photo NL Defensie)

La question des députés sur le dossier Pandur a posé sur la question d’une alternative ou bien de l’achat de nouveaux véhicules. Le véhicule de reconnaissance Fennek de l’armée néerlandaise mais aussi de l’armée allemande est revenu souvent dans les discussions. « Les collègues néerlandais et allemands ont le même problème avec le Fennek qu’ils vont essayer d’upgrader. Le Fennek est une ancienne technologie et il n’avait pas le niveau de protection escompté », a précisé le lieutenant-général Rudy Debaene. Pour l’armée néerlandaise, il s’agit  plus exactement d’un midlife update, un programme qui doit être réalisé pour la période 2021-2026. De plus, l’armée belge cherche un niveau de protection très élevé, notamment contre les menaces-IED. Les derniers événements l’ont récemment prouvé avec le véhicule Dingo, qui est le seul véhicule de l’armée belge équipé face à cette menace et qui a montré toute son efficacité. « Les Néerlandais ont déployé des quads, un moyen de reconnaissance flexible et léger mais avec une protection en-dessous de zéro. Les Français utilisent des véhicules avec une protection moindre. Dans sa version actuelle, le Pandur n’offre pas une bonne protection. On regarde le niveau de menace », a insisté le chef de la DGMR. Cela explique pourquoi le Pandur a été déployé au Liban mais pas au Mali, un théâtre d’opérations très différent du premier. Une fois upgradé dans sa version finale, il pourrait être déployé à nouveau en opérations si l’Etat-major le décidait car le Pandur reste le véhicule organique du bataillon de Chasseurs à Cheval.

La fiche des deux versions Pandur est trouvable dans le moteur de recherche du site de la Défense mais n’est plus visible sur le site (capture d’écran mil.be)

« Le fait du Pandur, c’est un concours de circonstances », n’a pu que constater le lieutenant-général Rudy Debaene devant les députés. Le Pandur ne sera pas opérationnel avant 2022 selon les dernières estimations. Il doit être retiré du service en 2030 et ne servira donc que huit ans dans sa nouvelle version. Le dossier reste plus que complexe avec l’espoir de le voir aboutir. Il n’est d’ailleurs plus possible de voir la fiche des deux versions Pandur sur la page matériel du site de la Défense.

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