De nouveaux détails sur la mission des forces spéciales belges en Irak entre 2015 et 2018

Les forces spéciales belges ont d’abord soutenu des forces kurdes (crédit-photo SF Gp)

De nouveaux détails sur la mission des forces spéciales belges en Irak entre 2015 et 2018.

Dans la dernière édition de la Revue Militaire belge, le commandant Toon Opheide revient sur l’engagement des forces spéciales belges en Irak au sein de l’opération Valiant Phoenix entre 2015 et 2018 et notamment lors de la bataille de Tall Afar en août 2017. Aujourd’hui au SOCOM, le commandant Toon Opheide était opérateur et commandant de détachement opérationnel au sein du Special Forces Group. Déployé à plusieurs reprises en Irak, il commandait le détachement lors de la bataille Tall Afar.

La Belgique a loué des drones RQ20-Puma aux USA (crédit-photo SF Gp)

Même si ce document apparaît trois ans après la fin de l’opération, il nous apprend encore quelques détails sur l’action des forces spéciales belges en Irak. Les Belges ont opéré avec les Néerlandais sur cette période formant le Special Operations Task Group (SOTG) 631. Comme l’avait révélé la Libre Belgique à l’époque, les forces spéciales belges ont peu à peu changé de zone d’action pour aller plus vers le Nord à Erbil. Une équipe de trois personnes a été déployée en amont pour préparer cette nouvelle phase de l’opération au plus près de la ligne de front. Elle a travaillé avec les Navy Seals durant cette période. Après cette phase de préparation, la base du SOTG 631 a quitté Bagdad pour Erbil. Cette nouvelle mission a nécessité l’élargissement des règles d’engagement et l’acquisition de nouveaux équipements essentiels. « C’était une période difficile au cours de laquelle l’état-major de la défense belge a dû s’écarter des procédures standard connues et faire preuve de créativité ainsi que de flexibilité. Un travail de pionnier a également été réalisé dans ce domaine », explique le commandant Toon Opheide. Ce sujet n’est pas nouveau car le lieutenant-colonel Raphaël Bechet, actuellement commandant du SF Gp, était revenu sur ce problème de la complexité administrative pour l’achat de petits matériels, mis en lumière durant cette période, dans l’édition 18 de la Revue Militaire belge en 2019. Il plaidait pour plus de souplesse afin de permettre de mieux répondre dans l’urgence à certains besoins exprimés par les troupes déployées en opérations. A l’époque, la Belgique avait loué des drones RQ-20 Puma à l’armée américaine, un premier test avant de décider d’en acheter en 2020.

Les Belges ont été au plus près de la ligne de front (crédit-photo SF Gp)

Lors de la phase suivante, la Special Operations Task Unit A (SOTU A) a été formée pour soutenir dans un premier temps les forces kurdes puis dans un deuxième temps suivre une unité irakienne au combat lors de la reconquête de Mossoul et la bataille de Tall Afar en août 2017. « Le niveau accru de risque a nécessité un autre effort de la part de l’état-major de la Défense pour convaincre les autorités nationales et obtenir leur approbation », souligne le commandant. Mais surtout la Belgique a été un des seuls pays avec les USA et la France à atteindre ce niveau d’opérations spéciales en Irak. « Le commandant américain des SOF (ndlr: Special Operations Forces) était initialement réticent à autoriser un autre partenaire de la coalition à participer à de telles opérations. Après tout, les États-Unis ont suffisamment de SOTU (Navy SEAL et MARSOC) pour faire le travail par eux-mêmes. De plus, il y avait apparemment une crainte que la participation d’une autre nation (non anglophone) complique la coordination des opérations et augmente le risque en conséquence. C’est ce que les États-Unis voulaient éviter à tout prix avec la bataille de Mossoul, qui est la bataille la plus violente en milieu urbain depuis Stalingrad. Cependant, lors de la phase de planification de l’offensive imminente à l’ouest de Mossoul, les SF belges ont réussi à convaincre ce commandant du contraire », se félicite-t-il. C’est ainsi que les forces spéciales belges ont été dans un petit noyau de la coalition et ont participé à des opérations de combat.

Les Dingo ont subi de légères modifications pour s’adapter à la mission (crédit-photo SF Gp)

A 5 kilomètres de la ligne de front, les Belges ont vu un explosif atterrir à 100 mètres de leur position. Par chance, celui-ci n’a pas explosé et s’est enfoncé de quatre mètres dans le sol. Il a été pris en charge par l’équipe EOD belge pour le faire exploser en toute sécurité. A l’aide de drones, les forces spéciales belges fournissaient des indications aux forces irakiennes et guidaient les frappes aériennes. La ligne de front étant très mobile, les Dingo ont été légèrement modifiés avec une perte de protection contre les IED. « Compte tenu de la valeur ajoutée tactique de cette technique, la modification était un choix conscient qui était acceptable sous réserve de procédures adaptées », défend le commandant Toon Opheide. Les forces spéciales ont réduit le risque en suivant un véhicule irakien plus lourdement blindé par exemple.

Autres détails intéressants, l’unité SOF, où étaient intégrés les Belges, a trouvé et fouillé une maison où avait logé le leader de Daesh de l’époque, Abou Bakr al-Baghdadi, à Almuhallabiyah. « Malheureusement, il n’a pas été possible d’exploiter le site nous-mêmes en raison de l’absence d’un cadre juridique belge et d’un mandat pour cela. Une équipe américaine est arrivée sur les lieux et a collecté toutes les preuves possibles qui ont immédiatement disparu dans leur chaîne de renseignement », regrette-t-il. Après la fin de la bataille, les Belges sont revenus à leur position initiale. Durant cette opération, ils ont essuyé les tirs d’une artillerie amie en raison d’une mauvaise planification et coordination.

Avec leurs drones, les forces spéciales belges ont appuyé l’armée irakienne lors de combats (crédit-photo SF Gp)

« Force est de constater que la Défense, malgré ses capacités limitées, a joué un rôle particulièrement précieux dans ce conflit extrêmement complexe grâce à ses SOF dont la Belgique peut être fière. Le déploiement pendant l’opération Valiant Phoenix montre que la Défense dispose d’une capacité SOF extrêmement performante qui, si elle est correctement soutenue, mandatée et dirigée (Mission Command), est souvent comparable à celle des grandes puissances militaires. La force de cette capacité est qu’elle peut être déployée dans toute la gamme des opérations militaires à faible coût. Les responsables politiques et militaires ne doivent donc pas hésiter à tirer le meilleur parti de cette capacité, qui conduira sans aucun doute à nouveau à des succès opérationnels avec un impact stratégique », conclut le commandant Toon Opheide.

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