Le SGRS, un service en perpétuelle réforme depuis dix ans

Une première réforme a lieu après l’audit de 2011

Le SGRS, un service en perpétuelle réforme depuis dix ans.

Un audit de 2011 pointe des dysfonctionnements au sein du SGRS

La récente affaire Jürgen Conings a remis en lumière le rôle du SGRS, l’unique service de renseignement militaire de la Belgique. Il y a comme une impression de revoir l’histoire se réécrire à chaque fois à épisode régulier. En 2011, un audit du Comité R pointait déjà des dysfonctionnements au sein de ce service. La gestion des données à cause d’un parc informatique vieillissant, le manque de formation des nouveaux collaborateurs et une inégalité de traitement entre civils et militaires y étaient pointés. Le ministre de la Défense de l’époque, Pieter De Crem (CD&V) annonçait qu’une task force avait été créée pour dessiner un plan d’action qui a été validé par le Comité R en novembre 2011. Sa finalité était de consolider et de dynamiser la fonction personnelle et organisationnelle, de développer la gestion de l’information au SGRS, d’améliorer les moyens de fonctionnement et les conditions matérielles et de procéder à une réalisation anticipée des investissements planifiés dans le domaine informatique. Le développement de ce plan d’action s’étalait jusqu’à fin 2013.

Mis en cause par ses pairs, le lieutenant-général Eddy Testelmans démissionne en 2017 (capture-écran vidéo DH.net)

Une situation toujours délétère en 2016

Pourtant quatre ans plus tard après la fin de la mise en place de ce plan d’action, la situation était à nouveau délétère en interne. Le lieutenant-général Eddy Testelmans, commandant du SGRS en poste depuis 5 ans, démissionnait en juin 2017. Son départ faisait suite à un courrier de 8 commissaires du SGRS datée de décembre 2016 au ministre Steven Vandeput et au chef de la Défense, le général Marc Compernol. Ce courrier parlait d’une pénurie dramatique de personnel ne permettant pas au service de fonctionner correctement et suspectait le commandement militaire d’un sabotage en règle pour ne pas arranger la situation. Quant à la commission d’enquête des attentats du 22 mars 2016, elle pointait un manque cruel de moyens des services de renseignement et des lacunes dans la circulation des informations. Le SGRS repartait sur une nouvelle réforme pour répondre à des problèmes qui n’avaient visiblement pas changé depuis 2011.

Le lieutenant-général Claude Van de Voorde entame une nouvelle réforme à son arrivée (crédit-photo Malek Azoug/BE Défense)

Des mesures sont prises en 2017

En juin 2017, le lieutenant-général Claude Van de Voorde prenait donc la succession du lieutenant-général Eddy Testelmans pour apaiser la situation et réformer le service. A son arrivée, il menait une importante réorganisation interne. La vision stratégique de 2016 débloquait une enveloppe de 54,5 millions d’euros pour investir en matériel qui n’était toujours pas au niveau. En juillet 2017, le ministre Steven Vandeput indiquait que les crédits de la provision interdépartementale Terrorisme étaient affectés en grande partie au SGRS. Ajoutés au budget complémentaire de 4,4 millions d’euros, ils permettaient le recrutement de 92 personnes supplémentaires. En attendant, le SGRS avait obtenu du renfort militaire provenant d’autres unités. Le statut du personnel civil avait été amélioré.

Le général-major Philippe Boucké n’est à la tête du SGRS que depuis septembre 2020

Après l’audit de 2018, une nouvelle réforme est lancée en 2020

En 2018, un nouvel audit était mené par le Comité R. Il aboutissait sur un nouveau plan d’action. En janvier 2020, le SGRS entamait encore une réforme. Les anciennes grandes divisions Intelligence et Counter-Intelligence étaient fusionnées en une dizaine de plates-formes transversales identifiées autour de certaines thématiques ou certaines régions du monde. Les autres directions du SGRS, Cyber et Sécurité (sécurité du personnel et des infrastructures de la Défense, tant en Belgique qu’à l’étranger) restaient quant à elles inchangées mais s’intégraient, au besoin, dans les plateformes transversales. Sous le commandement du SGRS, le Defense intelligence and security commandment and control, centre nerveux du service, opérationnel 24/24 et 7/7, encadrait ces plates-formes et piliers. Conformément aux recommandations de la commission d’enquête, une plate-forme de travail commune au SGRS et à la Sûreté de l’État (VSSE), était créée. Des officiers de liaison étaient désignés et une réunion mensuelle entre les directions des deux services était instaurée. Treize projets de coopération étaient mis en oeuvre. Cette même année, le général-major Philippe Boucké prenait la tête du SGRS au mois de septembre. En décembre 2020, le SGRS et la VSSE formalisait un nouveau renforcement de leur coopération par un engagement formel et inédit souscrit par les deux ministères.

L’enquête du Comité R suite à l’affaire Jürgen Conings est accablante

Un rapport accablant du Comité R sur l’affaire Jürgen Conings

L’enquête du Comité R suite à l’affaire Jürgen Conings pointe des problèmes récurrents déjà évoqués par le passé: manque d’effectifs, rotation importante du personnel, perte d’expérience et de compétences, l’absence de culture de préservation de la connaissance et de l’expérience, une défaillance dans l’échange d’informations, une nouvelle structure du SGRS jugée trop complexe par le personnel. Bref un air de déjà vu depuis 2011. « Le SGRS a également dû traverser des tempêtes au cours des dix à quinze dernières années. En moins de dix ans, quatre ou cinq directeurs différents se sont succédé de sorte que la continuité du commandement n’a pas pu être garantie. En raison de problèmes interpersonnels au sein de l’effectif, l’ambiance de travail n’a pas été optimale ces dernières années », a reconnu l’amiral Michel Hofman, chef de la Défense, en commission la semaine dernière.

L’amiral Michel Hofman et le SGRS devront établir un plan politique pluriannuel en 2022 (crédit-photo Vincent Bordignon/BE Défense)

Un plan politique pluriannuel pour 2022

Durant cette même commission, l’amiral Michel Hofman, a précisé qu’un rapport a été remis par deux fois à la commission de suivi sur le plan d’action établi après l’audit de 2018. Ce suivi n’a pas été effectué en 2021 à cause de la pandémie. Il a aussi indiqué que le général-major Philippe Boucké avait déjà pris des décisions importantes depuis son arrivée sans les détailler. De son côté, la ministre Ludivine Dedonder a regretté que le SGRS fonctionne depuis trop longtemps sans plan politique avec pour conséquence qu’aucune priorité n’est clairement définie. Elle a annoncé l’élaboration d’un plan politique pour fin 2021. En 2022, le SGRS devra s’atteler à la rédaction d’un plan politique pluriannuel, couplé avec un plan de personnel et une mesure de la charge de travail. La ministre veut notamment réduire les rotations trop fréquentes du personnel militaire au sein du SGRS. L’exécution du processus de développement d’une nouvelle infrastructure informatique sera aussi accélérée.

La ministre de la Défense Ludivine Dedonder veut la création d’un statut unique pour le personnel civil du SGRS (crédit-photo Malek Azoug/BE Défense)

Le statut du personnel du SGRS, un impératif de la politique de Ludivine Dedonder

Il faut rappeler que la note de politique générale de la ministre Ludivine Dedonder mettait entre autre l’accent sur le statut du personnel avec la volonté d’aboutir à un statut unique pour le personnel civil et une plus grande mobilité des agents entre les deux services de renseignement. Certains députés ont plaidé pour une carrière au sein  du service de renseignement sur le modèle d’une carrière au sein de la Défense. La procédure de recrutement via Selor, le bureau de sélection de l’administration fédérale, semble trop lourde et contraignante ce qui ne facilite pas l’augmentation des effectifs. Un autre point d’amélioration.

Mis sur la sellette, le SGRS gardera sa spécificité. Il n’est pas question pour l’instant de le fusionner avec la VSSE. Cela n’aurait pour conséquence que d’affaiblir un peu plus le renseignement belge, qui ne compte que deux entités loin de ce qui peut se faire dans d’autres pays. « Je rejoins le CHOD sur la nécessité de maintenir un service de renseignement militaire. Mais c’est sa dernière chance », a averti le député MR Denis Ducarme en commission. Politiques et militaires devront s’atteler ensemble au travail pour que cette énième réforme aboutisse car sa disparition serait une catastrophe.

 

 

9 commentaires

  1. Les problèmes sont connu et existent depuis longtemps. Civils et militaires, c’est un monde totalement different et pas sur que garder de s civils apportera quelque chose à SGRS qui a un rôle assez diffent que celui de son homologue civil. Mais alors, une sollution pourrait-être de creer une chiare d’études  » Military intelligence » au sein de l’ERM pour attirer et former un cadre militaire sollide, 2. une formation aus sein de l’école des sous-offr  » military field intelligence » pour le déployement sur le terrain et ainsi former un cadre militaire soudé et formé selon un format au besoins de l’Armée. Si donc, arrêter ce va et viens et professionaliser ce service crucial.

  2. A propos du courrier des 8 commissaires de SGRS/CI, s’agit-il de la même « tribune libre » publiée dans Le Soir ou La Libre ? Si non, il serait intéressant de la retrouver

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