2018-2021 : L’engagement du bataillon de Chasseurs à Cheval en Afghanistan et au Mali

Entre 2018 et 2021, le bataillon ISTAR a été déployé en Afghanistan et au Mali (crédit-photo Malek Azoug/BE Défense)

2018-2021 : L’engagement du bataillon de Chasseurs à Cheval en Afghanistan et au Mali.

En mars 2018, le bataillon de Chasseurs à Cheval débutait sa mission en Afghanistan puis enchaînait au Mali au sein de la MINUSMA au mois de novembre de la même année. En Afghanistan, le bataillon a enchaîné avec deux rotations puis le relais a été pris par les bataillons de manœuvre de la Brigade Motorisée. Mais il a continué à fournir des éléments avec des drones Raven jusqu’à la fin de la mission belge en Afghanistan en mai dernier. Parallèlement, le bataillon a effectué huit rotations au Mali. Le dernier détachement est rentré courant juillet, mettant fin à une mission de presque trois ans.

Durant ces missions, le bataillon a utilisé les drones Raven et leur dernière acquisition: le radar Squire (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Le bataillon de Chasseurs à Cheval, appelé aussi ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition et Reconnaissance), a la spécificité d’être la seule unité de reconnaissance et de collecte de renseignements de la Défense belge en plus d’être bilingue. Depuis 2017, il est équipé de drones Raven pour effectuer ses missions. En 2020, il a fait l’acquisition de 9 radars Squire pour remplacer les radars de surveillance du champ de bataille du type EL-1205, qui ont été utilisés pour la dernière fois au Mali. Dans les prochaines années, d’autres systèmes UAV arriveront : les RQ-21 Integrator et les RQ-20 Puma.

Au quartier Hemptinne à Hervelee, nous avons rencontré le capitaine Bart* qui a commandé l’avant-dernier détachement belge entre novembre 2020 et avril 2021. Cet officier de 35 ans avait déjà connu deux déploiements avant le Mali : le Liban et l’Afghanistan. Il s’est trouvé à la tête d’un détachement qui mixait des jeunes et des militaires plus expérimentés. Certains avaient déjà fait la toute première rotation. Il nous raconte son expérience malienne et l’impact de ces deux missions sur le bataillon.

Les trois escadrons ont enchaîné les missions avec un rythme intensif (crédit-photo bataillon ISTAR)

Une période opérationnelle intensive

« Le bataillon était tout le temps soit en mission soit prêt à partir en mission », explique le capitaine Bart. Avec deux théâtres opérationnels, le personnel du bataillon n’a cessé d’être sollicité durant plus de deux ans et demi. Tandis qu’un escadron se préparait, un autre exécutait une mission et le troisième escadron avait non seulement des équipes Raven (UAS) et des équipes Squire (radar) sur le terrain au Mali, mais soutenait simultanément des unités d’infanterie en Afghanistan avec leurs Raven. Et il faut bien sûr rajouter l’opération Vigilant Guardian qui ne s’est pas arrêtée pour autant pour le bataillon, présent à Anvers et Bruxelles. « Notre personnel a montré toute sa flexibilité et sa motivation. Ce qui était demandé a toujours été parfaitement exécuté », se félicite le capitaine Bart. Depuis le 15 juillet, le bataillon de Chasseurs à Cheval est désormais engagé sur le terrain des inondations. Le 20 juillet, il est même devenu l’unité pilote pour le Provincial Reconstruction Team Liège, coordonnant les actions militaires dans la Province de Liège. Nous aurions d’ailleurs dû rencontrer un deuxième commandant de détachement mais engagé sur le terrain des inondations, il n’a pas pu être présent. Après cette parenthèse, revenons au Mali.

Les Belges étaient intégrés au sein d’un détachement allemand et effectuaient parfois leurs patrouilles avec des militaires allemands (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Des patrouilles au traitement des informations récoltées

Basés au Camp Castor à Gao et incorporés au sein du contingent allemand, les militaires belges du bataillon ISTAR effectuaient des patrouilles de renseignement au profit de la MINUSMA au sud de Gao. Prise de contact avec la population pour obtenir des informations sur les djihadistes mais aussi cartographie du terrain étaient au programme. « Le terrain dépend très fort des saisons. De temps en temps, il y a une petite rue qui est accessible pendant l’hiver mais pas pendant l’été parce qu’il y a beaucoup de pluie. » Selon le planning défini, les Belges partaient avec les Allemands ou alors en solo. « S’il y avait par exemple une période où il n’y avait pas de missions avec les Allemands, on demandait à les faire entre nous. Pour nos patrouilles, on décidait à partir d’éléments produits par la cellule des analystes de la compagnie allemande. » Les patrouilles belges pouvaient parfois durer jusqu’à cinq jours d’affilée sans retourner au camp. Après avoir mis en place le dispositif sécurisé, les militaires dormaient dans des lits de camp avec un filet anti-moustique à la belle étoile. Ces longues patrouilles demandaient un réapprovisionnement en terme logistique. A l’aide du Raven, les Belges observaient la zone directe dans laquelle ils opéraient. Les informations récoltées faisaient l’objet de rapports remis aux analystes du détachement allemand. Ces derniers analysaient les documents et ajoutaient leurs conclusions, qui remontaient ensuite jusqu’au QG de la MINUSMA à Bamako. « Ainsi l’état-major avait des éléments pour planifier des missions ou regarder quelle zone d’opérations était à ce moment-là nécessaire. » explique le capitaine Bart. Le rôle du peloton belge était donc important avec la récolte de ces renseignements.

L’IED était la plus grande menace pour le détachement multisensor (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Une menace partout présente des IED

Durant les missions, la menace des IED (engins explosifs improvisés) était partout présente. Début 2020, l’un des précédents détachements avait été victime de deux attaques en quelques jours, faisant cinq blessés dans les rangs belges. « Durant notre période, il y avait aussi beaucoup d’IED mais pas contre nous. On a peut-être eu de la chance. Nos TTP (Tactics Techniques & procedures) sont là pour diminuer les risques mais il reste toujours un risque. Après les deux incidents, on en a tiré les leçons et on a adapté un peu les TTP. Mais en fait, on est toujours vigilant quand on est en dehors du camp », détaille le capitaine Bart. Chaque préparation au déploiement est très minutieuse et dure plusieurs mois. Les scénarios travaillés sont les plus réalistes possibles comme le contact avec les civils qui peut avoir son lot d’imprévisibilités. Elle se clôture par un exercice de certification, appelé Certex dans le jargon militaire.

Le terrain au Mali avec le sable avait un impact sur le matériel (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Un théâtre très exigeant pour le matériel

Le théâtre malien était très exigeant pour le matériel selon les saisons. « Il y a la pluie, la sécheresse, la chaleur et aussi le sable tout le temps le sable. » C’est pourquoi le détachement multisensor du bataillon de Chasseurs à Cheval ne pouvait pas exécuter ses missions sans un indispensable fort appui logistique pour la maintenance et la réparation des véhicules. La vingtaine de logisticiens, fourni par rotation par les trois bataillons logistiques de la Composante Terre, était regroupé au sein du Joint Support Detachment (JSD). « Il y a toujours des petites pannes mais la logistique était très fonctionnelle. De temps en temps, les logisticiens ont travaillé jusqu’au matin avant notre départ pour qu’on ait les véhicules opérationnels », rend hommage le capitaine Bart. Parfois, les Belges étaient obligés de revenir au camp plus tôt pour une réparation qui n’était pas possible sur le terrain. Pour d’autres pannes en opérations, une solution a pu être trouvé avec le technicien embarqué au sein du peloton multisensor ou avec les collègues allemands sur place. Les véhicules Pandur n’étant pas disponibles, le bataillon ISTAR a effectué sa mission sur une dizaine de Dingo. Quelques rotations de véhicules ont eu lieu, notamment pour remplacer les deux Dingo détruits par un IED.

La pandémie a eu des impacts sur la mission. Masques lors des patrouilles en contact avec la population (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Impact du Covid-19 sur les liens avec la famille

Déployé en pleine pandémie, le détachement du capitaine Bart a dû observer une période de quarantaine de deux semaines dans un hôtel belge avant de partir. Arrivé sur place, il a fait une autre quarantaine de deux semaines au Camp Castor. Les militaires belges pouvaient bouger dans le camp mais n’en sortaient pas. « Ce n’était pas un obstacle parce qu’on devait quand même préparer les véhicules et planifier les missions. » Le contact avec les familles a été plus compliqué car les traditionnelles journées pour les familles au bataillon n’ont pas pu avoir lieu. « On a cherché d’autres moyens pour communiquer. Par exemple, on faisait des vidéos avant de partir en mission ou de revenir. On prenait également des photos. Il y avait un petit journal avec quelques articles que les gens, eux-mêmes, avaient écrit et qu’on a envoyé vers les familles », explique le capitaine Bart. Les moments de Noël et du Nouvel An ont été un peu difficiles car à cause de quelques cas covid au mess, celui-ci a été fermé à partir du 24 décembre pour une assez longue période. « On a reçu des rations pour trois semaines. Pour Noël, on a pu organiser un barbecue entre Belges. Pour le Nouvel An, on l’a fait sur le terrain. » Quant au courrier, il fonctionnait très bien dans le cadre d’une coopération avec l’Allemagne. Les paquets partaient vers la base allemande de Darmstadt avant d’être envoyés au Mali avec un avion allemand. Les envois ont juste été un peu ralentis autour de Noël à cause du grand nombre de paquets envoyés.

Au Mali, les militaires belges ont eu beaucoup de contact avec la population contrairement à l’Afghanistan (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

« Le bataillon a tiré beaucoup d’enseignements de cette période. C’était un test positif et une bonne expérience au Mali. L’Afghanistan était un peu différent car la mission s’effectuait surtout de nuit avec prise d’images statiques et moins de contact avec la population. Mais c’était une autre bonne expérience où on a aussi beaucoup appris. C’est ce pourquoi on s’entraîne toute l’année », conclut le capitaine Bart. La phase de redéploiement a battu son plein au début du mois d’août et s’est effectuée via le Bénin. Elle a marqué la fin de la présence de 33 mois du détachement multi-senseurs du bataillon de Chasseurs à Cheval au Mali.

* Le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité

Interview réalisée à Heverlee le 27 juillet 2021 avant les événements d’Afghanistan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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