La Défense rénove ses quartiers et en crée de nouveaux

Le domaine militaire d’Ursel (crédit photo : Wouter Van Vooren, De Morgen)

Le gouvernement a validé, vendredi 20 mars, le Plan quartier de la Défense en Conseil des ministres. La communication officielle, qui a été rendue publique par voie de presse dans un premier temps, a également été diffusée à À l’Avant-Garde. Le site officiel de la Défense en a depuis offert un aperçu visuel complet dont nous recommandons la consultation en parallèle. Nous en proposons ici une revue tout en conservant la structure générale.

Contexte

Attendu de longue date, le plan marque un jalon dans une dynamique de redéploiement territorial de la Défense, une priorité qui n’est pas neuve. Comme l’indique le communiqué, ce redéploiement, qui se fera par étapes et qui concerne chacune des Forces de la Défense, a pour but d’accompagner le développement des effectifs qui vise 40.000 militaires actifs et 12.500 réservistes en 2040, soit un quasi-doublement de la situation actuelle. Le plan répond également au besoin accru en matière de sécurité et surtout, au besoin d’infrastructures adaptées aux nouveaux systèmes d’arme de la Défense, et notamment du matériel en voie d’acquisition dans le cadre du programme CaMo. 

Le Plan quartier (ou Plan des quartiers) prévoit la rénovation de l’ensemble des quartiers militaires du pays ainsi que l’ouverture (ou la réouverture) de nouveaux d’entre eux. Sans surprise, les provinces de Hainaut, de Flandre-Orientale et de Flandre-Occidentale sont celles qui devraient en bénéficier le plus.

Le redéploiement territorial de la Défense suit les principes suivants :

  • Une réutilisation au maximum possible des domaines existants et un maintien, le plus possible, des unités dans leur quartier actuel.
  • Une répartition géographique équilibrée des quartiers, impliquant dès lors un renforcement vers l’Ouest du territoire.
  • Une répartition géographique des assets de haute technologie en voie d’acquisition, tels que la défense aérienne et le cyber.

En pratique, ce réinvestissement se traduit par la rénovation de tous les quartiers existants, ainsi que par l’agrandissement des quartiers au sein de leur domaine. Surtout, le plan prévoit l’ouverture de nouveaux quartiers et de grands travaux d’infrastructure au cours des dix prochaines années, tandis qu’un calendrier de construction et de budgétisation suivra ultérieurement.

Enfin, l’ancrage social constitue également un facteur déterminant du choix et de la configuration des quartiers. À l’instar de ce qui se fait pour le Quartier du Futur Sud à Charleroi, la Défense entend renforcer son rôle d’acteur économique et de sécurité, notamment en distinguant les sites « stratégiques » des sites « destinés à l’industrie de défense et à un « co-use » avec d’autres autorités ». Ce sera le cas pour les sites présents dans la capitale, mais également, par exemple, à Redu (province de Luxembourg), destiné à abriter de futures capacités cyber et du domaine de l’Espace.

Une emphase sur la logistique et les dépôts de munitions

Le Plan quartier insiste avant tout sur le principe de résilience de la Défense, principe pour lequel l’ancrage territorial via le développement de l’infrastructure est fondamental. En parallèle, il vise à appuyer la volonté politique de faire de la Belgique un hub d’accueil et de mobilité militaire.

Dès lors, les priorités sont une meilleure protection des infrastructures, la dispersion des stockages de munitions, des sites d’enablement pour l’accueil de forces alliées et un meilleur maillage des quartiers et dépôts pour plus de réactivité et de flexibilité. Ce développement est en effet nécessaire pour accompagner la croissance des unités logistiques de la Défense, à l’instar du 18e Bataillon Logistique qui a réactivé en février sa 202e Compagnie Matériel, ainsi que du 29e Bataillon Logistique récemment renforcé par la 210e Compagnie Logistique, elle aussi de tradition ancienne.

Alors que ce même bataillon a remis la main, en décembre dernier, sur le quartier de Berlaar (province d’Anvers) dont la Défense s’était défaite en 2022, celui-ci sera développé comme quartier logistique. C’est également le cas de Geel (province d’Anvers), qui deviendra un hub logistique majeur. Dans le même but, les quartiers d’Ypres (Flandre-Occidentale) et d’Helchteren (Limbourg) seront remis en service aussitôt que les concessions de Fedasil échoiront (en 2026 pour Ypres). Arendonk (province d’Anvers) retrouvera son ancienne affectation de dépôt de munitions dispersé. En Wallonie, les anciens quartiers de Glons (province de Liège) et de Sugny (province de Namur) sont également envisagés pour ce rôle (en plus de Charleroi). C’est aussi le cas de Saint-Hubert (province de Luxembourg), dont l’aérodrôme militaire est régulièrement utilisé par la Défense, qui devrait à nouveau accueillir des éléments permanents de logistique, d’après la carte diffusée sur le site officiel de la Défense.

Quant à Moorsele (Flandre-Occidentale), le Plan quartier lui prévoit un rôle logistique puis un rôle de quartier pour une future unité de combat à l’horizon 2040. 

Élément clef du principe de résilience également annoncé dans la Vision Stratégique 2025, une implantation claire de la Réserve Territoriale est prévue, celle-ci devant disposer à terme de deux quartiers par province.

Force Terrestre

Le 19 décembre 2025, la Défense reprenait le commandement du quartier de Berlaar. (crédit photo : La Défense)

Tous les quartiers actuels de la Force Terrestre feront l’objet d’investissements considérables. Le rôle du Quartier du Futur de Charleroi se confirme en tant qu’ancrage pour une unité de combat et des capacités logistiques et cyber. Coxyde (Flandre-Occidentale) devrait également, à l’avenir, accueillir une unité de la Force Terrestre, tandis que la croissance du quartier de Lombardsijde continuera, notamment pour abriter le bataillon des Carabiniers-Grenadiers en pleine remontée en puissance.

Par ailleurs, Glons (en plus de son rôle de dépôt de munitions et de station radar CRC) sera l’hôte d’un deuxième bataillon d’artillerie et Cerfontaine (province de Namur) accueillera une future unité de pontage et un terrain d’entraînement. L’investigation pour d’autres terrains est également entreprise en parallèle de la montée en puissance de la Force Terrestre. Une priorité pour cette dernière sera notamment de disposer de terrains d’entraînement en suffisance dans l’Ouest de la Belgique, afin d’augmenter le niveau de préparation de ses unités. Le Hainaut, plus précisément la région d’Ath, est pour l’instant favorisé dans la quête d’un site adéquat et doté d’une grande capacité d’accueil.

Dans le Hainaut toujours, Tournai sera renforcée dans son rôle de formation et d’entraînement des troupes, en particulier s’agissant du recrutement et de la formation de base. Le Plan quartier indique par ailleurs que la région « servira de base principale aux capacités de cavalerie [le bataillon 1/3 Lanciers est basé à Tournai], avec une attention particulière pour la mobilité, la reconnaissance et la capacité de déploiement direct sur le terrain ».

Toujours concernant l’entraînement, le Plan quartier évoque encore Lessive (province de Namur), Namur (site de Sart-Hulet) comme autant de possibilités concrètes à l’étude.

La base d’Heverlee (Brabant flamand) sera renforcée dans son rôle de combat et le soutien direct, en particulier en ce qui concerne l’entraînement et le soutien du Groupe des Forces spéciales.

Enfin, annonce inattendue dévoilée par le document et confirmée par le ministre de la Défense, Theo Francken, sur les réseaux sociaux : le 1er Bataillon Parachutiste sera recréé et rétabli à Diest (Brabant-Flamand), sa ville de garnison de 1953 à 2011. Sans que le rôle de cette unité ne soit pour l’instant précisé, le document indique sobrement que cette réactivation « renforcera encore la puissance de frappe opérationnelle de la Force Terrestre et contribuera à une capacité de déploiement rapide ».

Marine

En plus du développement de ses sites de Zeebrugge, Ostende, Bruges-Sint-Kruis et Coxyde (qui est finalement maintenue comme base de la capacité de Search and Rescue (SAR)), la Marine s’étend en dehors de la Flandre-Occidentale pour prendre ses quartiers au Fort Sint Marie, à Zwijndrecht (province d’Anvers). Une unité de fusilliers marins investira en effet un dépôt des douanes donnant sur l’Escaut, dans la même ville de garnison que le 11e Bataillon du Génie, disposant aussi de capacités fluviales et amphibies. La protection du port d’Anvers est en effet une priorité affichée par le gouvernement, le port devant notamment disposer d’une couverture anti-aérienne renforcée.

Force Aérienne

La base de Glons devrait retrouver une occupation interarmes, entre détection aérienne, logistique et artillerie. (crédit photo Nato Allied Air Command)

Les bases de Kleine-Brogel, de Florennes et de Melsbroek conserveront leur rôle central. Celles-ci ont déjà pu bénéficier d’investissements conséquents pour prévoir l’arrivée des F-35, des systèmes MQ-9B et des A400M. Mais c’est bien la défense aérienne, axe majeur de la Vision Stratégique 2025, qui restructure l’emprise territoriale de la Force Aérienne.

Ursel (commune d’Aalter, Flandre-Orientale) sera ainsi le siège de la future capacité anti-aérienne de moyenne portée NASAMS, tandis que le futur système de défense aérienne à longue portée (encore non sélectionné) sera basé « dans un nouveau quartier situé dans la province du Hainaut ». 

Outre Ursel, où se tiendra l’entraînement sur les systèmes NASAMS, Beauvechain accueillera l’école de défense aérienne de la Défense et les bases de Bertrix (province du Luxembourg) et Coxyde continueront d’assurer la formation et le soutien de la Force Aérienne.

Pour revenir à Beauvechain, la base sera modernisée pour accueillir les 15 hélicoptères H145M, dont le premier est attendu dans les prochaines semaines. Le Control and Reporting Centre (CRC) y sera maintenu pour surveiller l’espace aérien belgo-luxembourgeois en collaboration avec le NASC (National Airspace Security Center), installé à la suite des incursions de drones sur le territoire, fin 2025.

Ursel et le Quartier du Futur Nord

Situé en Flandre-Orientale, ce site sera développé afin de devenir le haut lieu de la formation et le déploiement opérationnel des unités de défense aérienne. Toujours propriété de la Défense, ce terrain de 214 hectares dispose d’une piste d’aviation devenue terrain de réserve de l’Otan depuis 1993. Il n’est utilisé qu’occasionnellement par la Défense à des fins d’exercice. De manière intéressante, il s’agit du seul site pour lequel le Plan quartier précise systématiquement que l’implantation et son occupation se feront dans le respect de l’environnement immédiat. La base est en effet située au cœur du Drongengoedbos, une réserve naturelle dont la protection suscite une levée de boucliers chez les riverains.

Il s’agit ici du dernier chapitre en date du feuilleton du Quartier du Futur Nord, pendant flamand du futur quartier carolorégien, dont l’implantation en Flandre-Orientale n’a de cesse de susciter des débats et d’être reportée. Après l’échec du choix de Grammont face à un comité d’action local, la Défense s’était repliée sur plusieurs autres options, dont Ursel, pour ériger un futur quartier majeur destiné à accueillir entre 1000 et 1500 militaires, tout en servant de hub de rencontre civilo-militaire.

Il semble donc que la Défense soit pour l’instant parvenue à proposer une version de ses projets pour Ursel. Nous reviendrons sur cette affaire dans un futur article.

Service Médical, commandement et Écoles

Le Service Médical continuera de se structurer autour des sites de Neder-Over-Heembeek (Bruxelles), Peutie (Brabant flamand), Bourg-Léopold (Limbourg), Nivelles (Brabant wallon) et Marche-en-Famenne (province de Luxembourg). L’hôpital de Neder-Over-Heembeek sera transformé en un hub médical.

De plus, la Défense compte racheter à la ville de Tirlemont le site de Goetsenhoven pour y soutenir le Service Médical ainsi que la Force Aérienne, « avec notamment la mise en place d’une unité médicale déployable ». Le terrain, qui dispose d’une piste d’aviation, avait été vendu en 2024.

Le Plan quartier confirme encore la continuité de chacune des Écoles de la Défense dans leur quartier, ainsi que l’extension du quartier général à Evere, en vue de s’adapter au développement de la Défense à l’horizon 2040.

Une inflexion de la politique des quartiers

Par rapport au plan des quartiers précédent, proposé en octobre 2021, et, de manière générale, par rapport à la tendance de ces trente dernières années, le nouveau programme marque un tournant, en raison de certaines dynamiques centrales qui le structurent. La plus marquante de ces lignes de force est la recréation de quartiers et, par là, l’augmentation de leur nombre et parfois de leur taille, alors que la fermeture régulière de quartiers et de bases était la norme de plan en plan.

Une autre dynamique divergente observée est l’aspect de résilience que ces terrains doivent désormais offrir à la Défense. Cela va au-delà de l’aspect « sécurisé » des quartiers stricto sensu, un aspect qui a été revalorisé depuis la période des attentats et, nettement plus particulièrement, depuis la guerre en Ukraine et les survols de sites sensibles par des drones. La dissémination et la redondance des terrains militaires sur le territoire belge, en particulier des espaces de stockage de munitions, de centres logistiques, mais aussi de pistes d’aviation, répondent à ce besoin de résilience qui avait disparu depuis la fin de la Guerre Froide. L’intérêt de la Défense pour un site isolé et protégé tel que Sugny en est un cas concret (comme l’illustre cet article en néerlandais de Kasper Goosens).

Opportunément, cette tendance va de pair avec le besoin d’équilibre géographique exprimé dans le plan des quartiers précédents, alors essentiellement pour des raisons de recrutement et de bien-être des militaires. Sur cet axe, le nouveau plan quartier s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur.

2 commentaires

  1. Bonjour, Je m’étonne de découvrir le radar de l’ex-CRC Glons sous le titre « Marine ». Il appartenait à la Force Aérienne et j’ai fait partie du CRC de 1971 à 1974 et de 1986 à 2002. Merci d’éclairer ma lanterne … Cordialemnt, J-P Guillaume.

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