Le dossier du remplacement des F-16 en eaux troubles

photo BE Defense

Le dossier du remplacement des F-16 est plus que jamais un des dossiers explosifs du gouvernement Charles Michel. Polémique sur le rallongement de la durée de vie, retrait de candidats, candidature française hors du RfGP , décision qui tarde, l’issue de ce dossier est plus qu’incertaine avec de possibles rebondissements. Explications avec Josephe Henrotin, rédacteur en chef de la revue Défense & Sécurité Internationale et chargé de recherche à l’Institut de Stratégie Comparée.

Un dossier qui traîne en longueur

La majorité a voulu passer un été tranquille alors que le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg pressait la Belgique de prendre une décision le plus rapidement pour renouveler sa chasse le 22 juin. Beaucoup espéraient que le kern annoncerait son choix avant le sommet de l’OTAN du 11 et 12 juillet. Finalement le gouvernement a préféré se laisser jusqu’en octobre, date de l’expiration des offres, en pleine période électorale des communales. « Plus le temps avance, plus les élections approchent et plus la sensibilité du dossier s’accroît. In fine, la probabilité d’en faire un enjeu de rivalité au sein de la coalition s’accroît également. En retardant la prise de décision à octobre, Charles Michel a probablement attendu qu’une fois l’été passé, les esprits s’apaisent », explique Joseph Henrotin. L’épisode du F-16 Gate a sans doute aussi sa part d’influence même si depuis la polémique s’est peu à peu vidée de sa substance mais le mal est fait depuis longtemps, jetant au passage le discrédit sur la Défense. « Le remplacement d’appareils de combat est critiqué dans une opinion publique qui peut y voir une dépense superflue et que le « F-16 Gate » a rendue suspicieuse : une partie des médias a martelé qu’il y avait eu des manipulations et des mensonges, cela ne peut que laisser des traces », précise Joseph Henrotin. On comprend donc que les politiques ne tiennent pas à ce que le dossier refasse la une des médias d’autant que l’opposition a été très virulente sur le sujet et ce depuis le début.

Trois options possibles

Le dossier a pris beaucoup de retard encore plus que celui des blindés tandis que celui des chasseurs de mines est en bonne voie. « Autant dire que si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence », nous répondait Joseph Henrotin en avril 2017. Le délai est plus que dépassé alors que le gouvernement a effectué sa rentrée politique la semaine dernière. Désormais, plusieurs options peuvent envisagées selon Joseph Henrotin. « Soit un choix est effectué en octobre, mais il est peu probable que la signature du contrat intervienne avant la mise en place de la prochaine majorité – si du moins elle suit le choix de l’actuelle ; soit un nouvel appel d’offre est lancé, ce qui pourrait aboutir à un avantage pour le Rafale (une offre plus juridiquement régulière) comme pour le F-35 (avec une clarification/stabilisation de ses coûts) ; soit encore la nouvelle majorité décide de ne pas poursuivre le remplacement des F-16. Dans le jeu électoral et au regard de la déconsidération pour les affaires de défense d’une partie du personnel politique belge, c’est une possibilité objective », analyse-t-il.

crédit-photo SIRPA AIR

L’offre française au centre des tensions

La position française n’a pas favorisé l’issue du dossier, focalisant l’attention sur la validité juridique d’une telle offre et donnant du grain à moudre à l’opposition. Les avis divergent entre celui du ministre de la Défense Steven Vandeput, qui en substance a indiqué qu’elle ne l’était pas, et celui du Premier ministre Charles Michel qui ne ferme pas la porte définitivement et y semble plus que sensible. « Charles Michel a indiqué, y compris dans une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de l’OTAN, préalablement au sommet de Bruxelles – autant de symboles – que la candidature française serait prise en compte, en plus des candidatures britannique et américaine. A partir de là, tout est possible. Il faut bien se rendre compte que l’aspect juridique n’est que la transcription d’un équilibre politique : le RfGP n’était pas qu’un appel d’offre, mais aussi le fruit d’un consensus mûrement pesé », constate Joseph Henrotin. La France peut donc encore y croire au cas où la procédure lancée par le ministre Steven Vandeput irait jusqu’au bout avec une prise de décision en octobre.

Francophones contre Flamands ? 

L’offre française a surtout déplu côté flamand dans un gouvernement où les partis flamands sont en majorité avec le MR comme seul représentant francophone. Alors ministre de la Défense, Pieter De Crem du parti chrétien-démocrate flamand (CD&V), avait déjà dit sa préférence en faveur du F-35 en 2013 et l’a encore redit en juin dernier en tant que secrétaire d’État en charge du Commerce extérieur cette fois-ci. Le président de la N-VA, Bart de Wever, a lui-même pris position de façon plus qu’explicite en dénigrant le Rafale alors qu’il était invité dans une émission également en juin dernier. « Pour la N-VA, puissante au nord, l’entrée dans les campagnes électorales implique de rassurer certaines franges estimant que trop a été concédé aux francophones au cours de la législature, sur une série de dossiers – sans qu’ils ne soient liés à la défense – et donc adopter une posture radicale sur la proposition française. Au-delà, lorsque l’on parle de politique en Belgique, il faut distinguer les postures déclaratoires et le concret des discussions au sein du gouvernement », précise Joseph Henrotin. De son côté, le MR par la voix de son député Richard Miller s’est dit intéressé par l’offre de partenariat française à plusieurs reprises.

Le mois de septembre et d’octobre vont donc être déterminants pour la suite du dossier. Sensible au plus haut point, il est difficile même pour les connaisseurs les plus avertis du monde politique belge de pronostiquer son issue. Depuis le départ, il n’a cessé de s’enliser au fur et à mesure des mois malgré les efforts du ministre Steven Vandeput pour le rendre le plus lisible et le plus transparent possible. Le remplacement des F-16 aura fait beaucoup parler tant politiquement que médiatiquement et ce n’est pas prêt de se terminer sans doute pas pour le meilleur pour la Composante Air.

Un commentaire

  1. La flamandisation de l’Armée est au plus haut point , les politiciens corrompus , le plus offrant pour eux l’emportera ,les dés sont pipés , et on veut faire l’Europe !!!!

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