[Interview] Didier Reynders: « Il y a un effort à effectuer pour faire bien prendre conscience de l’enjeu en matière de sécurité »

Le ministre de la Défense Didier Reynders a échangé avec les jeunes élèves officiers et sous-officiers belges lors de sa visite aux répétitions du défilé le 19 juillet à Peutie (crédit-photo MOD Didier Reynders)

A l’occasion de la Fête Nationale et du défilé du 21 juillet, le ministre de la Défense Didier Reynders évoque les défis et le futur de la Défense belge ainsi que l’importance du soutien de la population pour faire face aux nouveaux problèmes sécuritaires pour le site A l’Avant-Garde. Interview.

Le passé et le futur sont le thème central du défilé du 21 juillet. Quel est l’avenir de la Défense belge ? Comment se dessine-t-il ?

Au sein du gouvernement, on a défini une vision à l’horizon 2030 qui passe par de l’équipement dont pas mal d’investissements qui ont été réalisés pour les différentes composantes. On travaille sur chacune des forces. L’avenir c’est surtout maintenant la rénovation d’infrastructures comme par exemple ici à Peutie avec des casernes qui vont devoir être réaménagées et équipées. Mais en particulier, c’est le recrutement. C’est un enjeu majeur. D’ailleurs à l’occasion de la Fête Nationale, il y aura pas mal de contacts pris avec des jeunes filles, des jeunes garçons qui pourraient être intéressés par les métiers de sécurité. On a l’objectif d’avoir 25.000 personnes à l’horizon déjà 2025 au sien de la Défense.

Il y a beaucoup d’inquiétude autour du personnel pour non seulement recruter comme vous venez de le souligner mais aussi pour garder les militaires sur le long terme. Quels sont les axes qu’on peut prendre pour améliorer cette situation ?

On travaille sur différentes pistes. Il y a déjà l’outsourcing dans un certain nombre de bases. Il y aussi l’inverse avec des personnes qui viennent d’entreprises pour les faire travailler pendant un temps au sein de la Défense. Je pense dans tout ce qui est digitalisation et nouvelles technologies. Il y a une collaboration plus forte qu’on a commencé à travailler avec le secteur industriel. On a la volonté d’allonger les carrières et de faire en sorte qu’un certain nombre de personnes continue à être présent après leur carrière à la Défense notamment avec les réservistes. Le défilé va bien montrer cette situation. Il y aura beaucoup de jeunes. Cela veut dire qu’on recrute. Et de l’autre, il y aura des réservistes. Les enjeux maintenant, c’est évidemment de donner un statut plus attractif pour l’ensemble des jeunes qui veulent nous rejoindre. C’est aussi parfois de faciliter la situation avec une meilleure qualité de vie comme décentraliser les centres de formation pour faire en sorte qu’on n’est pas de longs trajets à faire pour une première formation. Les problèmes de mobilité sont complexes en Belgique et ça décourage parfois. Et puis j’en parlais à l’instant avec le général-major Thys : tous les jeunes qu’on voit ici ont un rôle à jouer parce qu’ils nous le disent eux-mêmes c’est souvent en parlant avec d’autres jeunes qu’ils se sont engagés. Il faut faire passer le message que ce sont des métiers très modernes et très nouveaux avec des équipements qui vont sans cesse évoluer vers un monde digital. Ça peut séduire pas mal de jeunes aujourd’hui.

Le général-major Marc Thys montre au ministre de la Défense Didier Reynders les différentes unités du défilé lors des répétitions le 19 juillet à Peutie (crédit-photo Marie-Madeleine Courtial/A l’Avant-Garde)

De gros investissements ont été consentis. D’autres sont-ils prévus ? La formation du gouvernement peut-elle les freiner ?

On va continuer à travailler sur ce qui a été présenté avec la vision 2030. Les gros dossiers sont déjà derrière nous. L’année prochaine, nous allons renouveler les frégates en collaboration avec les Pays-Bas comme on vient de le faire pour les chasseurs de mines. Ce qui est le plus important maintenant, c’est de montrer que la modernisation de la Défense doit se faire non seulement à travers les équipements mais aussi à travers les ressources humaines et les infrastructures. C’est là qu’il y a un vrai débat de société à mener. On est dans un monde qui change avec un certain nombre de menaces présentes. On l’a malheureusement vu à l’Est de l’Europe mais aussi au Sud. On doit moderniser le concept de sécurité que ce soit en matière de police mais aussi dans le domaine de la Défense. Pour cela, il faut qu’il y ait un support de l’ensemble de la collectivité nationale comme il faut un support au niveau européen. Dans les années à venir, les gros enjeux c’est évidemment de continuer le travail de modernisation en Belgique avec une intégration de plus en plus forte entre partenaires européens comme on l’a fait avec la France pour notre force terrestre ou bien les Pays-Bas pour notre force navale. D’autres pays vont suivre cette démarche parce qu’on a besoin d’un support de l’ensemble de la population européenne pour qu’on puisse avoir une armée très modernisée partout à travers l’Europe. Si vous n’avez pas de soutien de la société européenne, on passe un peu à travers l’objectif. Il faut que tout le monde se rende bien compte de la nécessité d’assurer de plus en plus nous-mêmes notre propre sécurité et de ne pas se reposer exclusivement sur des partenaires extérieurs. C’est tout le débat sur la place que doit prendre l’Europe au sein de l’OTAN avec un vrai pilier européen, sur la construction de la politique de Défense européenne non pas face aux Etats-Unis mais à côté des Etats-Unis en montrant qu’on est un partenaire solidaire.

Vous êtes arrivé assez vite ministère de la Défense. Vous avez déjà visité les trois principales Composantes de la Défense. Comment avez-vous appréhendé les dossiers de la Défense alors que ce n’était pas votre ministère de base ?

Comme vice-premier ministre, je suis ses dossiers depuis longtemps. J’ai surtout eu l’occasion de reprendre des dossiers en cours. Ma tâche a essentiellement constitué à les faire aboutir même en période d’« affaires courantes ». Le gouvernement ne prend plus de nouvelles décisions. Les dossiers d’acquisition avaient été lancés. Ce qu’on a pu faire, c’est les conclure et on va continuer à travailler comme cela. J’espère maintenant que nous aurons une nouvelle coalition gouvernementale le plus tôt possible qui permettra alors de prendre de nouvelles décisions sur la vision 2030 de la Défense. Fondamentalement, il y a un effort à effectuer pour faire bien prendre conscience de l’enjeu en matière de sécurité. Je le vois à travers des débats qu’on mène dans le pays avec les groupes politiques, les parlements car je reste convaincu que dans ce monde changeant, il y a une vraie politique de sécurité à repenser, à redynamiser avec le soutien des populations.

Le ministre de la Défense Didier Reynders avec le général-major Marc Thys devant le véhicule français Griffon qui défilera le 21 juillet et qui équipera la Composante Terre à partir de 2025 (crédit-photo Marie-Madeleine Courtial/A l’Avant-Garde)

Est-ce que c’est facile de concilier sa fonction de ministre avec sa mission de formateur ?

La mission de formation me prend effectivement beaucoup de temps. Elle est un peu plus longue que les deux autres fois. C’est essentiellement pour dégager une coalition. Ce qui était intéressant depuis l’année dernière avec la recomposition de la coalition, c’est j’ai pu associer le ministère de la Défense au ministère des Affaires Etrangères. Comme on est devenu membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, ça permet des collaborations encore plus intégrées avec des contacts particuliers entre les départements. C’est difficilement compatible sur une longue durée si d’autres pays ne le font pas. C’est très compliqué de gérer les agendas. Pour l’instant, cela se passe correctement. Cela permet d’intégrer des visions et je crois qu’il faudra continuer à le faire dans les années à venir c’est-à-dire que la vision en termes de sécurité repose bien sur une analyse géopolitique.

Est-ce qu’on a une idée des missions de l’armée belge en 2020 ?

Pour l’instant, on est en train d’examiner l’ensemble des opérations possibles. Nous sommes déjà présents sur beaucoup de terrains d’opérations avec une vingtaine de sites différents et des forces plus ou moins conséquentes. Nous sommes surtout au Mali où nous avons joué un rôle très particulier. On va représenter de nouveau les nouvelles intentions en matière d’opérations au Parlement belge dans les prochains mois. La Belgique essaye à chaque fois d’être présent dans les opérations de l’ONU ou de l’OTAN quand c’est possible et que ça correspond à nos capacités et au soutien des politiques et de la population. Jusqu’ici on a travaillé dans de bonnes conditions et je suis très heureux qu’on ait pu montrer en Europe cette capacité d’intégration. On est très présent dans les Pays Baltes. On a été en Estonie. On va être en Lituanie. On participe à la surveillance de l’espace aérien de ces pays. C’est aussi un signal important qu’on donne dans la construction de la démarche européenne.

Interview réalisé le 19 juillet à Peutie lors de la visite du ministre de la Défense Didier Reynders aux répétitions des troupes à pied.

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