Fournir des capacités à un groupe aéronaval est une valeur ajoutée pour la Marine belge

Le capitaine de frégate Tom De Vleeschauwer a servi en 2021 au sein du porte-avions français Charles de Gaulle (crédit-photo FR État-major des armées)

Fournir des capacités à un groupe aéronaval est une valeur ajoutée pour la Marine belge.

Dans le dernier numéro de la Revue Militaire belge, le capitaine de frégate Tom De Vleeschauwer revient sur les différents déploiements de la frégate Léopold Ier comme navire d’escorte du porte-avions français Charles de Gaulle en 2015, 2020 et 2021. L’auteur de l’article a été en 2021 officier de liaison pour la frégate Léopold Ier au sein du porte-avions Charles de Gaulle mais aussi Battle Watch Captain du groupe aéronaval. La question de fond est de savoir si un tel déploiement est nécessaire ou s’il est juste de la figuration.

Un panel de capacités de soutien qui pourrait se diversifier

Pour l’instant, la Marine belge s’est contentée de fournir un navire d’escorte mais le panel de capacités pourrait s’élargir dans les années à venir et intégrer également la Composante Air. Le capitaine de frégate Tom De Vleeschauwer mentionne les nouvelles frégates de lutte anti-sous-marine (ASWF), les hélicoptères NH-90 NFH qui seront équipés dans le futur d’un ensemble de capteurs et d’armes adaptés pour la lutte anti-sous-marine, les quatre drones MQ-9 Skyguardian pour des activités ISR avec la possibilité de rajouter des capteurs maritimes ou bien l’A330 MRTT et les F-35 en soutien de l’escadre aérienne du porte-avions. Les capacités opérationnelles que pourrait mettre à disposition la Défense belge seraient ainsi plus variées.

Ces quatre dernières années, la frégate Léopold Ier a escorté par trois fois le porte-avions français Charles de Gaulle (crédit-photo IPR F930 Léopold Ier)

Des possibilités de s’entraîner à des scénarios de guerre

« Le déploiement d’un porte-avions, compte tenu de sa valeur opérationnelle capitale, s’accompagne également de mesures de sécurité étendues en temps de paix qui ne diffèrent guère de celles en temps de guerre. En temps de paix, l’escorte d’un porte-avions est donc le moyen le plus efficace de s’entraîner à un véritable scénario de conflit », explique le capitaine de frégate Tom De  Vleeschauwer. Ainsi le déploiement de frégates permettra à la Marine belge de s’entraîner dans tout le spectre de la violence de l’ISR à la lutte anti-sous-marine en passant par la guerre de frappe et même la défense antimissile balistique.

Ce cas de figure est identique aussi pour la Composante Air. « La participation à des déploiements de groupes aéronavals maritimes français, britannique ou américain est un excellent catalyseur pour pratiquer nos scénarios de défense collective avec des avions ravitailleurs, des drones et des avions de combat », souligne-t-il. Le déploiement du NH-90 sur un porte-avions sera également très utile pour son développement ultérieur.

Les Marines belge et française renforcent leur coopération à travers de tel déploiement (crédit-photo IPR F930 Léopold Ier)

Un renforcement de la coopération avec la Marine Nationale française

Une telle contribution permettra aussi de renforcer les liens et la coopération entre la Composante Marine belge et la Marine Nationale française. En 2020, l’accord entre les deux marines pour la formation et l’échange mutuel de personnel naval a été renouvelé. Un premier résultat concret est qu’un officier belge exerce une fonction opérationnelle clé à bord d’une frégate française pour une durée de trois ans, indique le capitaine de frégate Tom De Vleeschauwer. Dès 2022, des officiers et sous-officiers inexpérimentés embarqueront à titre individuel à bord d’unités françaises du groupe aéronaval. « Par exemple, ils peuvent être intégrés dans les services « navigation », « approvisionnement » ou « maintenance technique ». Non seulement cela permet aux jeunes militaires de développer davantage leurs compétences professionnelles et comportementales, mais cela offre également l’opportunité de former nos hommes dans les écoles de la Marine française », souligne-t-il. Une réponse au manque de navires pour la formation des recrues auquel fait face la Marine belge d’où la nécessité de poursuivre activement et rapidement la formation spécialisée des sous-officiers belges francophones au sein des navires français. Un NH-90 belge et son équipage pourraient également embarquer à bord d’une frégate française ou du porte-avions Charles de Gaulle lui-même lors du prochain déploiement du groupe aéronaval.

Des deux frégates de la Marine belge, seule la frégate Léopold Ier a pu mener ce type de mission (crédit-photo IPR F930 Léopold Ier)

« L’intégration aura également une grande valeur ajoutée pour éduquer et former notre personnel dans des scénarios de conflit complexes. Un Carrier Strike Group a ainsi le potentiel d’être un catalyseur pour la transformation de la Défense belge en termes de personnel, d’équipement et de formation », conclut le capitaine de frégate Tom De Vleeschauwer plaidant pour renouveler et pérenniser le soutien de la Défense belge au déploiement d’un groupe aéronaval qu’il soit français, britannique ou américain dans les années à venir.

A noter que si l’auteur de l’article met l’accent sur la coopération avec la Marine Nationale française, il aborde également la coopération avec la Royal Navy britannique et notamment le déploiement de la frégate néerlandaise Sr.Ms. Evertsen au sein du groupe aéronaval britannique avec le le HMS Queen Elizabeth durant sept mois en Extrême-Orient.

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3 commentaires

  1. Moins de missiles, cela signifie surtout de se limiter à une composante marine qui ne fait que des missions littorales, plus facilement absorbable par la Koninklijke Marine dont la direction tend vers la fusion, mouvement entamé depuis des années et qui est donc acté.

    C’est encreux dans la réponse à la question posée à la ministre dedonder sur le sous-armement des deux futures frégates belges:
    https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-belgique-rogne-sur-l-armement-de-ses-futures-fregates-en-n-achetant-que-deux-lanceurs-de-missiles-vls?id=10901223

    « Ce qui revient à dire qu’un renoncement belge sur la question des frégates, de leurs capacités ASM et des ambitions dans la défense anti-missile balistique de territoire, reviendrait à abandonner les capacités navales dites « haut du spectre » et donc à réduire la Composante Marine à une force côtière qui serait, oui, facilement assimilable par les Pays-Bas. »
    https://lefauteuildecolbert.blogspot.com/2021/03/composante-marine-lenjeu-des-capacites_14.html

    Dans la partie guerres des mines, très bel article « D’en avant garde », où le choix des partenaires à l’air d’être meilleur que ceux choisi par la France et le Royaume-Uni:
    https://defencebelgium.com/2021/03/13/point-de-situation-sur-les-nouveaux-chasseurs-de-mines/

  2. En fait, notre Marine devrait-être capapble d’éscorter 2 CG’s en même temps, cela nous donnerait une autre importance navale. Focaliser les frégates sur la défense ABM du territoire me semble un mauvais choix car cela est hors portée financière pour nous et oblige la Marine à une présence trop près de nos côtes. En formatage, 4 frégates escorteurs , 6 Navires anti mines et un navire de transport, commandement et logistique type MISTRAL ou ENFORCER nous donnerait un impact et un apport en capacitées non négligables et à notre portée.

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