Renseignement: Vers le renforcement de la coopération entre le SGRS et la VSSE

Le général-major Philippe Boucké a succédé au lieutenant-général Claude Van de Voorde à la tête du SGRS. Photo non actuelle. (crédit-photo Christian Decloedt/BE Défense)

Vers le renforcement de la coopération entre le SGRS et la VSSE.

La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder et le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne ont annoncé hier dans un communiqué de presse que les services de renseignement civil et militaire:  la Sûreté de l’Etat (VSSE) et le Service Général de Renseignement et de Sécurité (SGRS) allaient encore renforcer leur coopération par un engagement formel et inédit souscrit par les deux ministères. Ce renforcement passera par trois axes principaux: l’élaboration d’un cadre juridique commun pour l’infiltration d’agents et pour les informateurs, la création d’un statut unique pour les métiers du renseignement pour l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace (OCAM), la VSSE et le personnel civil du SGRS ainsi que l’élaboration d’un nouvel accord de coopération entre les deux services de renseignement civils et militaires qui abrogera le précédent, conclu en 2018. Au début de l’année, le SGRS a entamé une réforme afin d’avoir une meilleure transversalité entre les différents services, un meilleur partage des informations et des ressources ainsi qu’une coordination renforcée.

« C’est un double signal adressé à la population. D’une part, nous franchissons aujourd’hui un pas supplémentaire en créant une véritable communauté du renseignement et en faisant travailler ensemble les services de sécurité de la meilleure façon possible. D’autre part, cela montre à quel point nous considérons les recommandations de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats. La sécurité pour chaque résident de Belgique est un droit fondamental et cet engagement commun est une pièce importante du puzzle pour y parvenir », a expliqué la ministre de la Défense Ludivine Dedonder. Il y a un peu plus de trois semaines, L’Avenir indiquait qu’un rapport du Comité R soulignait que les services de renseignement ne partageaient pas assez leurs informations. Ce même rapport s’inquiétait aussi du manque de personnel qui rend impuissant les services.

Le SGRS et la VSSE sont les deux seuls services de renseignement pour toute la Belgique

La Belgique manque d’une vraie culture du renseignement

Ces dernières années, plusieurs articles de chercheurs et de spécialistes ont plaidé pour la création d’une véritable communauté du renseignement. On pourrait citer les papiers du commissaire divisionnaire Patrick Leroy « Quel renseignement en Belgique pour demain? » en 2011 et « La communauté du renseignement belge. Essai de définition » en 2016 dans la Revue Militaire belge. « Il convient donc de composer la communauté du renseignement belge en réseau, en englobant les différentes organisations qui constituent ce réseau de connaissance : le renseignement militaire, la Sûreté de l’État, mais aussi l’OCAM, la CTIF, la BIA, certaines unités de la Police fédérale, le monde académique dans le cadre de programmes de collaboration, pour ne citer que celles-ci. Le premier défi majeur sera l’intégration du politique au sein de la communauté du renseignement. En Belgique comme en France, c’est culturel », écrivait-il en 2016. Quatre ans après, les lignes commencent à bouger.

Un article de la Revue Militaire lance le débat sur une communauté du renseignement militaire

Il est encore plus intéressant de lire dans le dernier numéro de la Revue Militaire belge un article du capitaine-commandant Alexandre Daniel intitulé « Pour une communauté du renseignement militaire belge ! ». Cette tâche n’est assumée à l’heure actuelle que par le SGRS, le seul organisme de la Défense habilité légalement à effectuer des missions de renseignement.  Or pour l’auteur de l’article, faire tout reposer uniquement sur les épaules du SGRS rend sa tâche très compliquée pour satisfaire toutes les demandes d’où la nécessité de développer une communauté du renseignement militaire qui s’inscrirait plus largement dans la communauté du renseignement belge. « À titre d’illustration, même si les ambitions et les moyens attribués ne sont pas directement comparables, il faut se rendre compte de ce qui est demandé en Belgique au SGRS. Chez nos voisins français, les mêmes missions sont réparties entre au moins quatre organisations distinctes (la DGSE, la DRM, la DRSD et le COMCYBER). Cette communauté du renseignement militaire emploie à elle seule près de 14.000 personnes. Si la taille des populations devait être prise comme rapport de comparaison (66,9 millions d’habitants en France et 11,46 millions d’habitants en Belgique), les services de notre pays devraient atteindre un total de 2.400 professionnels du renseignement militaire. Nous en sommes loin ! », souligne-t-il. Pour lui, les réponses à  cette émergence capacitaire sont toutes autant politiques que militaires.

La Défense belge compte rattraper son retard dans le domaine de la cyberdéfense (crédit-photo BE Défense)

La note de politique générale de la ministre Ludivine Dedonder met l’accent sur le développement d’une Composante Cyber dans les cinq à venir. Dans un premier temps, la capacité cyber existante au sein du SGRS sera renforcée par le recrutement de cyberprofils hautement spécialisés. Un cadre juridique sera être mis en place durant cette législature afin d’encadrer les opérations de la future Composante Cyber.

 

A l’Avant-Garde avait déjà évoqué le cas particulier du bataillon ISTAR, la seule unité spécialisée dans la collecte de renseignements tactiques dans le cadre d’opérations militaires pour les unités de la Composante Terre. Un protocole d’accord avait été signé entre les deux entités visant à identifier les attributions et compétences des capacités HUMINT (collecte sur le terrain) et d’analyse du bataillon ISTAR et à mettre en place un contrôle de ces capacités par le SGRS. Certains politiques plaidaient pour l’intégration du bataillon ISTAR au sein du SGRS. En 2019, le ministre de la Défense Didier Reynders avait indiqué que l’état-major de la Défense préparait actuellement un avant-projet de loi concernant les renseignements tactiques lors des opérations à l’étranger, avec l’intention de le soumettre au niveau politique dans le courant de la prochaine législature.

Quel renseignement en Belgique pour demain ? (p.83)

La communauté du renseignement belge Essai de définition (p.105)

Pour une communauté du renseignement militaire belge !

16 commentaires

  1. La dernière cyberattaque va inciter à l’humilité:
    https://www.dsih.fr/article/4036/une-mega-cyberattaque-contre-les-us-de-la-cyber-comme-fossoyeur-de-nos-civilisations.html

    Concernant le bas du specte, le mode d’action terroristes, à présent endogène n’a pas fini de faire des exactions:
    https://www.areion24.news/2020/12/18/qui-commettra-le-prochain-attentat-de-masse-en-france%e2%80%89/

    Il y a le rôle des femmes dans cette histoire, qui est complètement sous-estimé:
    http://historicoblog4.blogspot.com/2020/10/edith-bouvier-et-celine-martelet-un.html

    https://www.areion24.news/2020/12/09/feminisme-islamique-un-oxymore/

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