Mise à jour de la vision stratégique 2030: le cas de la Composante Terre

La Composante Terre est la composante qui a le plus de lacunes (crédit-photo BE Défense)

Mise à jour de la vision stratégique 2030: le cas de la Composante Terre. 

Il y a quelques jours, nous vous livrions un article consacré à des éléments du rapport du groupe d’experts chargés de mettre à jour la vision stratégique de la Défense. Après la publication du rapport officiel, nous allons tâcher de voir en détails, composantes par composantes, les différentes recommandations. Première partie avec la Composante Terre.

Dans le cadre du contrat CaMo, les Jaguar et les Griffon arriveront à partir de 2025 et équiperont les unités de la Brigade Motorisée

Une brigade motorisée vers un plus haut niveau

Le constat est clair pour les experts : « Notre composante terrestre est celle qui présente le plus de lacunes ». Les recommandations ne se limitent pas à une participation au programme MGCS franco-allemand. En effet, l’OTAN attend de la Belgique que cette dernière puisse mettre en œuvre une brigade motorisée pour une action de défense collective (autrement dis en cas de conflit de haute intensité qui nécessiterait l’engagement de l’ensemble de la brigade). Cette attente de la part de l’OTAN envers la Belgique était déjà soulignée dans la vision stratégique de 2016. Bien que la probabilité d’un tel engagement soit, heureusement, faible, la Belgique doit s’y tenir prête. Or, si le programme CaMo (capacité motorisée) répond à une partie des besoins, d’autres capacités doivent être développées afin d’amener l’actuelle brigade motorisée vers un niveau de force lui permettant de répondre aux objectifs attendus d’elle.

L’armée belge possède 18 Piranha DF90 et 19 DF30 (crédit-photo Ritchie Sedeyn/BE Défense)

La question de l’appui-feu direct et indirect

Les points faibles mis en avant sont avant tout les appui-feu direct et indirect et la défense antiaérienne tactique. En ce qui concerne la puissance de feu directe, celle-ci repose actuellement sur quelques dizaines de Piranha équipés soit d’un canon de 30 soit de 90mm. Ces engins ne sont capables de s’opposer à une menace blindée lourde. Les unités d’infanterie compensent le manque de puissance anti-char par les missiles Spike. Dans le futur, ces engins seront remplacés par les Jaguar qui sont armés d’un canon de 40mm et d’un lanceur pour missiles MMP. Le Jaguar est un réel engin de cavalerie, là où les Piranha sont à la base des véhicules de transport de troupes sur lesquels a été greffée une tourelle. Le nouveau rapport propose par ailleurs que la Belgique « envisage une participation potentielle » au programme de char de combat franco-allemand. En 2014, la Belgique avait choisi de retirer ses Leopard 1 du service, sans les remplacer par un nouveau char de combat. Le MGCS (Main Ground Combat System) est appelé à remplacer les Leclerc et Leopard 2.

L’artillerie antiaérienne a disparu en 2017 avant d’être réactivée en 2020 (crédit-photo Daniel Orban/BE Défense)

Une artillerie plus complète et puissante

La puissance de feu indirecte repose elle sur les obusiers de 105mm et sur les mortiers de 120mm qui, s’ils sont de bons matériels, pêchent par leur manque de puissance de feu. La vision stratégique de 2016 avait acté une évolution vers une batterie d’artillerie à longue portée sur roue et aérotransportable (pour laquelle le CAESAR serait pressenti) mais 5 ans plus tard, il n’y a pas encore eu d’annonce d’une telle acquisition. Pour la Défense sol-air tactique, avec le retrait des Mistral en 2017, l’armée belge ne pouvait plus compter que sur ses mitrailleuses Mi.50. Mais à la fin de l’année, la Défense a annoncé qu’elle allait réactiver cette composante, du moins si la décision politique suivait, afin d’être prêt à remplir cette mission à partir de 2030.

Le bataillon de Chasseurs à Cheval n’exploite pour l’instant que des drones Raven (crédit-photo IPR bataillon ISTAR)

Pour résumer, la priorité pour la Composante Terre est que la vision de 2016 qui était déjà fort ambitieuse soit appliquée et renforcée pour certains points (notamment la Défense sol-air dont la disparition était actée en 2016) selon les experts. L’artillerie longue portée, les systèmes anti-drones, les capacités ISTAR et, pour les forces spéciales, leur propres moyens aériens (hélicoptères et aéronefs légers V/STOL) représentent les points d’amélioration principaux.

Une autre capacité spécifique est citée dans le rapport : la pose de pont. À ce sujet, il a été annoncé il y a quelques semaines que les Leopard AVLB utilisés pour cette mission, tout comme les autres chenillés employés dans des missions de génie ou de dépannage, seront retirés du service à partir de 2027. Si pour le génie et le dépannage, des programmes de remplacement sont prévus, il n’en est encore rien pour la pose de pont.

6 commentaires

  1. Avec la vision 2030 du CEMAT français, on pouvait espérer un peu de neuf.

    Que nenni.

    La copie de l’arme blindée est d’une tristesse et d’une paresse intellectuelle affligeante: supprimer 4 escadrons de reconnaissance qui sont les unités les plus employées en opération actuellement…

    L’après COVID-19 ressemble trait pour trait à la RGPP.

    Tout cela pour conserver coûte que coûte le format 4 chars, 4 VBL pour les escadrons Jaguar, copié/collé des escadrons Leclerc…

    Cela n’a aucun sens.

    La DÉP s’appuie sur le fantasme de la polyvalence du char vers le combat l’anti-char s’opposant à la création de filières spécifiques pour la formation des soldats, des sous-officiers et des officiers.

    La création de corps spécifiques serait la solution : supprimer l’ensemble des ERI dans les régiments blindés, fusionner certains régiments et créer des régiments de reconnaissance dans chaque brigade ou au niveau de la division.

    Encore faut-il avoir la volonté de réellement changer les choses.

    Quand aux capacités de franchissement, on mutualisera comme les allemands et les anglais comptent le faire…
    http://mars-attaque.blogspot.com/2021/05/franchissement-genie-armee-de-terre-syfral-ponts-lpm-programme.html

    • L’observation de nos engagements actuels et ceux des 50 dernières années: nous sommes un corps expéditionnaire moderne qui intervient dans un contexte de confort opératif pour combattre de l’asymétrique.

      L’armée française a été conçue depuis 1991 comme un corps expéditionnaire… sans avion de transport stratégique, ni hélicoptères lourds!
      On comptesur l’indispensable allié.

      Il y a encore peu de temps, dans les camps d’entraînement de Champagne, chaque fois que nous plaçions (dans les années 2000) une unité interarmes dans un contexte symétrique ou dysmetrique les résultats étaient mauvais (guerre électronique, engins mécanisés de 3e génération AMX10P et 30, attaque NRBC, artillerie en nombre avec tirs a priori).

      Le choix capacitaire de la roue-canon montrait également ses limites et le concept du binôme char Leclerc-VBL… son originalité chevaleresque.

      Telle la charge de la brigade légère de Lord Cardigan, « c’est magnifique… mais ce n’est pas la guerre ».

      • Nous aurons le même matériel et donc des doctrines d’emploi similaires.
        L’exercice Orion prévu pour 2023, ça vous parle ?

Laisser un commentaire