Bilan mitigé pour l’armée néerlandaise qui quitte le Mali après cinq ans de mission

Quatre militaires néerlandais sont morts durant les cinq années de présence de l’armée néerlandaise au Mali (crédit-photo NL Defensie)

Après une mission de cinq ans, l’armée néerlandaise quitte le Mali pour concentrer ses forces en Afghanistan. L’heure est au bilan alors que l’armée belge est toujours présente au sein de la MINUSMA. 

« Sous un tonnerre d’applaudissements de leurs collègues, des soldats rentrent au camp Castor après leur dernière patrouille », écrit la Défense néerlandaise sur son site. L’armée néerlandaise a dit adieu à la population malienne avant son départ. En tout 6.000 soldats néerlandais sont passés par le Mali durant cinq ans. L’armée néerlandaise a déployé également quatre hélicoptères Apache et trois Chinook et un détachement de 450 hommes avant de descendre à 250 hommes en 2018. En 2016, la Luchtmacht a décidé de retirer ses hélicoptères à cause d’une trop grande usure. Au début de l’année 2018, la Belgique a d’ailleurs repris en partie cette mission avec deux NH-90 conjointement avec l’Allemagne, qui avait déployé des hélicoptères déjà depuis 2017. Quatre militaires néerlandais ont également perdu la vie au Mali durant des missions d’entraînement et non au combat: le capitaine Rene Zeetsen et le lieutenant Ernst Mollinger dans un accident d’hélicoptère en mars 2015 et le sergent Henry Hoving et le le caporal Kevin Roggeveld dans l’explosion d’un mortier en juillet 2016. Le rapport du Dutch Safety Board (OVV) sur l’accident du mortier, publié en septembre 2017, était très sévère et pointait des manquements graves. Il avait provoqué la démission de la ministre de la Défense de l’époque Janine Hennis Plasschaert et du chef de la Défense le général Tom Middendorp, aujourd’hui à la retraite et expert des questions de Défense dans le domaine du changement climatique. Le gouvernement néerlandais décidait de mettre fin à cette mission en juin 2018 car elle avait trop d’impact sur les autres missions à cause des réductions budgétaires selon un rapport de la Cour des Comptes. L’armée néerlandaise est désormais concentrée sur l’Afghanistan.

En 2017, la Luchtmacht a retiré ses hélicoptères du théâtre malien (crédit-photo NL Defensie)

Des renseignements précieux pour la MINUSMA…

« Les Belges et les Allemands s’intéressent beaucoup à notre façon de travailler: on l’appelle aussi « l’approche néerlandaise ». Nous discutons ouvertement avec la population, d’où les véhicules ouverts. Vous gagnez ainsi la confiance plus rapidement que vous quand vous conduisez des voitures blindées », explique le commandant du dernier peloton néerlandais Bernhard sur le site de la Défense. Les militaires néerlandais ont effectué en grande partie leur mission depuis des quads et des véhicules SUV Vector.  Le travail de renseignement des militaires néerlandais pour le compte de la MINUSMA notamment à travers leur détachement de longue reconnaissance (LRRPTG) a été précieux et efficace même si pas toujours bien utilisé. « Les experts considèrent les services secrets néerlandais au Mali comme « une Ferrari » ou « une Porsche dans le désert ». En d’autres termes: un produit de haute qualité qui n’a pas été utilisé de manière optimale », écrit le site du quotidien néerlandais NRC Handelsblad. « Les Pays-Bas ont acquis des connaissances et une expertise très pertinentes au Sahel », a déclaré au site NRC Liesbeth van der Heide, chercheuse sur les questions de terrorisme. Des membres des services de renseignement néerlandais resteront d’ailleurs présents au Mali.

Les militaires néerlandais ont effectué des patrouilles au plus près de la population pour recueillir des renseignements (crédit-photo NL Defensie)

…mais pas assez bien exploités

« Même si tout le monde se félicite du fonctionnement de l’unité néerlandaise qui devait collecter des informations. « Cette unité est de haute qualité mais très petite, sa taille était beaucoup trop petite pour un pays aussi vaste que le Mali », a déclaré Dick Zandee de l’institut Clingendael », selon les propos rapportés par le site du troisième quotidien néerlandais de Volkskrant. En 2016, la ministre de la Défense de l’époque Jeanine Hennis-Plasschaert avait déjà fait part de cette inefficacité et de la nécessité d’y remédier. Reinout Sterk, ancien militaire néerlandais et en mission au Mali en 2015, est très critique sur cette mission et a fait paraître un livre en janvier 2019:« La mission au Mali: un spectacle de marionnettes dans le désert ». « Les soldats ne le diront pas à voix haute parce qu’ils veulent monter en grades. Mais je sais que beaucoup pensent exactement de la même manière. Ils disent: « C’est bien de pouvoir partir en mission, mais on n’obtient rien ici », explique-t-il au média néerlandais EenVandaag. Le dernier commandant néerlandais du détachement au Mali, le lieutenant-colonel René Le Noble, évoque son sentiment mitigé pour ce même média:« Le travail que nous avons accompli ces dernières années a réellement et temporairement amélioré la vie des gens (…) « Regardez, si nous considérons ces cinq premières années comme un point de départ et si nous resterons ici pendant 25 ans, alors non la mission n’a pas échoué. Mais si les Nations Unies s’attendent à être prêtes dans cinq ans, je pense qu’elles ont un problème », analyse-t-il de son côté. Le lieutenant-général Ton van Loon, qui a été commandant du premier corps d’armée germano-néerlandais jusqu’en 2013, reconnaît sur le site de Volkskrant que de nombreux soldats sont rentrés «avec une expérience très modérée». L’intervention néerlandaise avait une dimension diplomatique.

Des véhicules ouverts et non-blindés, comme des quads, ont été utilisés (crédit-photo NL Defensie)

Un succès diplomatique auprès de l’ONU et de la France

« Nous sommes allés au Mali parce qu’un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies est devenu vacant. Je considère la mission comme une campagne publicitaire majeure pour obtenir ce siège. Ni plus ni moins », déclare amèrement Reinout Sterk. « Ne pas intervenir n’était pas une option », explique catégoriquement l’ambassadeur des Pays-Bas au Mali Jolke Oppewa à EenVandaag. Face à la menace terroriste au Mali et la montée de Daesh, les Pays-Bas répondent favorablement à la demande de l’ONU pour empêcher l’instauration d’un califat islamique. Ils sont le premier pays occidental à s’engager dans la MINUSMA avec une certaine critique sur le manque de transparence de la prise de décision et des motivations du gouvernement. En 2018, les Pays-Bas ont siégé temporairement au Conseil de sécurité de l’ONU. En 2019, ce sera également le tour de la Belgique grâce à une participation plus importante de son armée au sein de l’EUTM Mali puis de la MINUSMA ces deux dernières années. La demande venait de la France et cela a joué aussi un rôle dans la décision d’intervenir. « Le fait que les Pays-Bas aient été le premier pays occidental à dire oui à la participation a été une agréable surprise pour les Français. « Les Pays-Bas avaient mauvaise réputation à Paris. Un pays qui suit les Américains et qui participe à peine aux opérations européennes », a déclaré Dick Zandee, chercheur à Clingendael pour le site NRC Handelsblad. Cette décision a fait que d’autres pays occidentaux ont suivi tel que l’Allemagne.

Des militaires néerlandais rentrent de leur dernière patrouille au Mali le 27 avril 2019 sous les applaudissements de leurs collègues du camp Castor (crédit-photo NL Defensie)

Une mission clôturée dans l’anonymat

Le bilan reste mitigée pour l’armée néerlandaise après sa mission au Mali avec une certaine frustration suscitée à cause de la lenteur administrative de la MINUSMA, qui n’a pas permis d’exploiter au mieux les renseignements fournis par les éclaireurs néerlandais. « Les Pays-Bas ont joué un rôle important dans le développement futur des opérations des Nations-Unies dans un environnement complexe. » Vous avez défini la norme pour les futures opérations de maintien de la paix », a déclaré le commandant de la force de l’ONU lors de la cérémonie de clôture. La mission s’est d’ailleurs clôturée sans la présence de la ministre de la Défense Ank Bijleveld et de la secrétaire d’Etat, Barbara Visser, une absence vue comme un manque de reconnaissance de la part des militaires néerlandais pour une mission qui a été la plus importante de la Défense. « Les soldats néerlandais critiquent ce qu’ils ont accompli durant leur mission, qui se termine au bout de cinq ans. « Nous quittons le Mali moins bien que nous ne l’avons trouvé », résume le quotidien NRC Handelsblad. Cette mission reste toutefois un succès diplomatique tant vis-à-vis de l’ONU que de la France.

Des militaires belges du bataillon de Chasseurs à Cheval collectent eux aussi des renseignements pour la MINUSMA depuis novembre 2018 (crédit-photo Vincent Bordignon/BE Défense)

La mission des éclaireurs néerlandais ne sera pas reprise officiellement par un pays de la coalition. La collecte des renseignements de la MINUSMA est effectuée en partie par des militaires allemands et belges. Effectivement l’armée belge déploie depuis novembre 2018 un détachement multi-senseurs d’une quarantaine d’hommes du bataillon de Chasseurs à Cheval (ISTAR). Avant de partir, les militaires néerlandais ont transmis leurs connaissances et présenté des contacts aux militaires allemands et belges durant leurs dernières patrouilles.

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