La Belgique gagne du temps pour atteindre les 2% du PIB en dépenses militaires sans engagement ferme

Par rapport à ses alliés, la Belgique ne pouvait pas rester à la traîne…mais on est loin d’une concrétisation pour l’instant (crédit-photo Gert-Jan D’Haene/BE Défense)

La Belgique gagne du temps pour atteindre les 2% du PIB en dépenses militaires sans engagement ferme.

La montagne a-t-elle accouchée d’une souris ? C’est un peu ce à quoi on a assisté ce week-end malgré l’annonce « solennelle » auprès des médias du Premier ministre Alexander De Croo d’avoir trouvé un accord sur un engagement belge visant à consacrer 2% du PIB à la Défense d’ici 2035. Il aura fallu 7 heures de négociations pour convaincre les plus résistants à savoir les écologistes qui, il y a à peine un mois, se disaient résolument contre quand d’autres partis se montraient plus réservés.

Cet engagement comporte six conditions. Premièrement, la Belgique réclame davantage d’intégration européenne, en complémentarité avec l’OTAN. Deuxièmement, le gouvernement souhaite un retour sur investissement plus important pour le tissu industriel belge et européen. Troisièmement, le retour sociétal doit lui aussi être plus important, notamment en matière de cybersécurité et d’éducation. Quatrièmement, les investissements dans la Défense ne doivent pas être réalisés au détriment d’autres enjeux, comme le climat les défis sociétaux. Cinquièmement, la notion d’Aide à la Nation (lors d’une pandémie ou d’inondations par exemple) doit être incluse dans les dépenses de la Défense. Enfin, sixièmement, la Belgique pointe l’importance d’élaborer un cadre européen qui encourage l’investissement productif.

Mais il faut savoir lire entre les lignes car il s’agirait plus d’une intention qui n’engagerait pas cette législature, intention qu’avait déjà prise le premier ministre Elio Di Rupo en 2014. Il faudrait surtout attendre treize ans avant que cela soit effectif, bien après 2024 comme cela avait été souhaité au départ par l’OTAN. Les écologistes n’ont d’ailleurs pas tardé à bien faire comprendre qu’ils n’avaient pas donné carte blanche pour ne pas laisser l’impression d’un revirement trop brutal. L’objectif d’1,54% pour 2030 reste inchangé. Mais le gouvernement n’avait surtout pas d’autre choix que de se mettre d’accord avant le sommet de l’OTAN qui aura lieu à Madrid à la fin du mois au risque de passer pour le « mauvais petit canard » avec le Luxembourg et de briser l’unité. Les mauvaises langues diront également que certains politiques belges se verraient bien devenir secrétaire général de l’OTAN d’où la nécessité de donner en partie des gages.

« Le gouffre avec les pays-peloton de l’UE ou de l’OTAN devient plus grand », nous expliquait le général-major Marc Thys en 2019. Malgré les investissements du plan STAR, il devrait encore s’agrandir tellement l’écart est déjà grand et que la Belgique ne donne pas des signes d’un volontarisme affiché pour atteindre l’objectif des 2% du PIB consacré aux dépenses militaires contrairement par exemple à son voisin du Nord.

7 commentaires

  1. Je vous félicite pour votre article. « La montagne a accusé d’une souris » est exactement l’expression qui me venait à l’esprit et je pense que pour Jens Stoltenberg la pilulle sera grosse à avaler. Il y a d’un côté la poudre aux yeux avec le chiffre de 2% et de l’autre, des éléments qui vident completement la déclaration de sa substance :
    1) déclaration d’intention , pas d’engagement ferme, rien de concret
    2) intention d’aller vers 2% au lieu d’investir 2% : très vague
    3) les 6 conditions : la Belqique , avant-dernière du classemnent OTAN , a encore le culot d’asujettir sa proposition de dupes à 6 conditions !
    3) 2035 : les années cruciales dans le conflit russo-ukrainien sont les 5 années à venir. C’est à ce moment-là qu’il faudra être présent avec une armée qui soit une vraie force de dissuasion et pas une armée bancale.
    2035, c’est une éternité dans le climat de tension actuelle. Les Allemands l’ont compris en injectant directement 100 milliards d’investissement dans leur armée cette année. Les Pays-Bas aussi l’ont compris aussi et hélas pas la Belgique.
    En 2035, les dés seront jétés : ou bien l’Europe et la démocratie auront gagné contre la Russie ou ils auront perdus.Peut-on dire qu’on peut compter vraiment sur la Belgique dans les moments difficiles? Je pense que non.
    Donc la Belgique, selon moi , n’est pas fiable.
    Je crains que ce le petit jeu que tente la Belgique est justement que tout soit joué à ce moment-là (2035) et que finalement , on decide de rabaisser les investissements à 1% du PIB pour l’armée dès la fin de cette guerre.
    Cette attitude est d’autant plus déplaisante que la Belgique est le pays qui profite le plus de l’OTAN avec les rétombées économiques liées à la présence de son siège sur son territoire.
    Ce serait donc mérité que l’on délocalise ce siège ailleurs , dans un pays qui a des vrais engagements militaires.Quand on a affaire à un mauvais élève qui persiste et signe malgé la patience qu’on lui porte , je pense qu’il y a qu’un seul langage qu’il comprenne, la sanction.

    Un ami de l’armée Belge.

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  2. Bonjour,

    Je suis quant à moi plus partagé sur cet engagement.

    Certes, l’absence d’ancrage ferme des 2% reste problématique et l’on peut s’attendre au pire après 2024, mais l’assurance des 1,6 % est déjà acquise, ce qui, admettons-le, est déjà une petite révolution.

    Surtout, cette augmentation plus progressive des dépenses est, à mon sens, nettement plus intelligente et réalisable que ne le serait un dédoublement du budget militaire en 5 ans, comme certains semblent le vouloir. Les pays scandinaves ou la France l’ont compris, une montée en puissance efficace se fait progressivement, et je serais bien curieux de savoir ce que la Défense ferait avec 8 ou 10 milliards en plus dès demain.

    Acheter du matériel supplémentaire nécéssite des militaires supplémentaires, eux-même demandant une formation, donc des formateurs surpplémentaires, des cadres et une organisation réadaptée. Cela prend du temps, et si l’Allemagne semble montrer le contraire avec sa centaine de milliards, ceux-ci serviront certainement plus à aider les industriels à inonder le marcher européen plutôt qu’à réellement concevoir un outil de défense efficace. L’argent ne fait pas tout.

    En ce sens, je trouve les six conditions si pas justifiées, au moins compréhensibles. Elles proposent des axes cohérents avec les menaces actuelles et futures et empêchent que l’investissement ne s’égare vers des industriels étrangers qui ne fourniraient que peu de retours. N’oublions pas que la recherche et le développement ainsi qu’une base industrielle locale renforcée sont de véritables nécéssités stratégiques.

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  3. Est-ce que vous savez ce que le mot urgence veut dire. On est à 2 doigts de la guerre et vous, vous faites encore de la dentelle.
    Si la Russie lance un missile sur la Lituanie parce qu’elle ne supporte pas qu’elle bloque la route de Kaliningrad, on y est. C’est la guerre. Je vous rappelle que la Belgique n’a pas de batterie anti-missile Patriot pour intercepter les missiles de croisière russes et que Bruxelles est la 2eme cible des Russes. Rien que cela nous coûterait un bras.
    Les 6 conditions de la Belgique sont d’autant inacceptables qu’elle ne font pas partie directement des fondamentaux de la defence qui sont de défendre sa population et de doter ses soldats d’armes compétitives pour foutre l’ennemi en l’air (le devoir sacré d’un chef d’état comme dirait Joe Biden) . La Belgique a déjà montrer qu’elle n’était pas du tout fiable en 2014, lors de l’invasion de la Crimee. Alors que l’OTAN lui demande un effort, la Belgique liquide tous ses chars Léopard en 2015 et va faire chuter son budget defence en 2017 à 0,88%.Si c’est pas du foutage de gueule, dites moi ce que c’est. Résultats, plus d’armes lourdes (155 mm) dans l’armée belge. Une simple armée terrestre de fantassins, tout juste suffisante pour affronter des bandes armées de kalachnikov en Afrique. La Belgique a commis la folie de descendre son effectif en dessous d’une taille critique de 50000 hommes. Les Néerlandais ont eu la sagesse de ne pas descendre en dessous de 60000 et actuellement, ils sont à 15 milliards de budget et donc toute proportion gardée, la Belgique doit investir 10 milliards tous les ans et si cela ne lui plaît pas, qu’elle quitte l’OTAN. La Belgique ne sera pas crédible au sein de l’OTAN tant qu’elle comptera pas 50000 hommes. Tout militaire sense le sait.Meme les jeunes l’ont compris. En 2021, on en a embauché 2000 et il y en a 3000 qui sont partis, parce qu’ils ont compris dans quelle galère ils étaient. Au rythme actuel d’embauche, les 50000 seront atteint dans 20 ans. Alors seulement la Belgique sera crédible. On a vu aucun acheteurs pour l’armée belge au salon de l’armement (Eurosatory) de la semaine passée alors que tous les pays commandent des armes à tour de bras. Si on commande des armes maintenant , on sera les derniers des bons de commandes et les derniers servis. Les armes lourdes sont longues à fabriquer : 18 mois pour un système d’artillerie Caesar (une seule canonerie à Bourges pour les fabriquer) . La Belgique n’a que 180 missiles anti-char Spike. Lockheed Martin fabrique 2000 Javelin par an, et ne passera à 4000 qu’en 2023.Si vous n’avez pas encore compris qu’il était minuit moins une, je ne sais pas ce qu’il vous faut pour vous convaincre.

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    • Je connais l’état actuel de l’armée et il ne fait nul doute que la dernière « vision stratégique » n’en avait que le nom, à l’heure où la guerre était déjà là. Evidemment que l’Etat à failli en déconsidérant la sécurité depuis des années, vous ne m’apprenez rien.

      Et bien sûr qu’il faut acquérir des moyens et des capacités beaucoup plus lourdes et en plus grande quantités.

      Ce que je dis, c’est que malgré la menace russe sur le reste de l’Europe, il est illusoir de croire qu’à coups de milliards, en Belgique, on peut tripler les effectifs d’ici 5 ans et se tenir prêt à arrêter des frappes russes simplement en payant plus vite, plus cher.

      On est plus dans les années 30 ou il suffisait de lever quelques dizaines de milliers d’hommes du jour au lendemain et les former tout aussi vite. On parle ici d’une armée professionnelle, des personnes de métier qui font un choix pour la vie en s’engageant et qui vont apprendre à manipuler des engins complexes. Vous dites qu’il y a plus de départs que d’arrivées, bien sûr, car les infrastructures sont hors d’ages, le matériel inexistant, les exercices et opérations rarissimes, les salaires effrayants. Chacun de ces points est à prendre en compte si vous voulez augmenter les effectifs, mais on investit pas dans une caserne moderne destinée à contenir un nouveau bataillon d’artillerie anti-aérienne et son matériel comme on investirait dans une paire de chaussures, cela demande un minimu d’études préalables et des procédures à suivre.

      C’est parce que l’état de l’armée belge est squelettique que la prise de masse prendra du temps. Il faut faire les choses bien. Le temps que cela mettra me désole aussi, croyez le bien, la Belgique s’y est mis trop tard, mais si une armée pouvait tripler de volume et d’efficacité en si peu de temps, cela se saurait.

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      • Bien d’accord avec vous.
        La problème vient de notre lasagne institutionelle belge et de la folie qu’elle a engendré et engendre toujours.
        Maintenant , ce qui m’a fait tiqué dans votre commentaire c’est que vous vous fatisfaisez de 1,6% en 2030, ce qui est pour moi déjà trop tard. J’ai l’impression que vous êtes tellement habitués qu’on soit nuls que vous êtes déjà tout content qu’ on soit tout juste moins nuls. Pour l’amiral Hofman, pour rattraper le retard accumulé sur nos partenaires de l’OTAN, il faudrait investir du 4%.
        Maintenant , je crois que si le gouvernement belge envoyait une lettre au Kremlin , expliquant nos problèmes decisionnels de coalition Vivaldi et financiers avec nos 50000 fonctionnaires provinciaux et nos 900 cabinetards et demandant de postposer une éventuelle attaque à 2035,que Poutine pourait en tenir compte.
        Non, je rigole.
        Pour redevenir serieux, les 6 conditions du gouvernement belge s’apparentent a du chantage, ce qui est d’autant plus inacceptable que la Belgique n’est pas en position de force en étant un aussi mauvais élève de la classe.Maintenant comme je le disais , si cela ne plaît pas à la Belqique de payer 2%, qu’elle quitte l’OTAN. Les écolos verraient comment elle pourrait se débrouiller sans.
        Vous parlez aussi de recherche et développement . La Belgique n’a pas participé à la R&D du F35 contrairement aux Pays-Bas, la Grande-Bretagne , l’italie , la Norvège , le Danemark et la Turquie.
        Nos amis américains nous ont fait sur le prix de l’avion une ristourne formidable qui n’était réservée normalement qu’ à ceux qui avaient investis dans le programme de developpement. C’est donc normal que pour les retombées industrielles des F35, ils accordent une priorité aux pays qui ont aidé au developpement .Ici en Belgique, on râle à ce sujet parce qu’on voudrait le beurre et l’argent du beurre. Mais pour qui se prend-on?,
        Pour la R&D militaire , à part la France, le Royaume-Uni et peut-être la Suède, on laisse tout sur le dos des américains . La suprématie militaire des Occidentants est en train d’être dépassée par la Russie pour les missiles intercontinentaux (missile intercontinental Bourbesnik à tête mais aussi à propulsion nucléaire qui peut faire plusieurs fois le tour de la terre avant d’atteindre sa cible). Les Chinois , 1ere puissance économique mondiale , ont maintenant le premier budget militaire mondial et ont lancé debut de la semaine leur 3eme porte-avions.Ils s’intéressent de plus en plus à Taiwan pour le moment.
        Donc ce serait pas du luxe que les pays européens investissent sérieusement dans le R&D militaire et bordel qu’on bâtisse une armée européenne.

        Un ami de l’armée belge

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  4. @Fabrice Delplanche,

    Je m’accorde également tout à fait sur ce que dites, et je me suis effectivement mal exprimé à propos des 1,6%. A dire vrai, vous avez parfaitement raison en disant que je suis juste habitué qu’on soit « nul »…

    Exactement, le dossier du F35 est symbolique d’une absence de vision à long terme… et des coûts que cela a pour conséquence.

    Je vois personnellement en ces « conditions » (c’est vrai que c’est fort prétencieux) un moyen d’investir local, et en la matière, les maigres investissements récents ont quand même un caractère européen et participatif : programme MCM et frégates, CAMO, CAESAR (dont le nombre, je l’espère, va dépasser les 9 symboliques tubes), VBAE/FAMOUS, etc..

    Mais ces exemples ne sont en rien des éléments clefs de R/D stratégiques ou disruptives qu’il nous faut pour nous maintenir une place dans le monde actuel et affronter Russie, Chine et autres puissances régionales comme la proactive Turquie, je vous l’accorde totalement.

    D’ailleurs, après réflexions, ces « conditions » sont probablement en fait surtout un moyen électoral pour montrer qu’ils ont un mot à dire, je l’admets.

    Concernant une armée européenne, pour conclure là dessus, je pense que ce serait l’aboutissement inéluctable d’une réelle politique de présence mondiale pour nos petits Etats. Espérons qu’elle se solidifie encore à l’avenir avec nos partenaires néerlandais, luxembourgeois et français : ça ne fait pas de doute, l’union fait la force !

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